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Bas de Laine

La Tour aux Volets · rez-de-chaussée

La Galerie des Miroirs Bavards · Ce qu'un site voit de vous

Chaque miroir vous décrit à voix haute : votre langue, votre navigateur, votre fuseau horaire. Ils sont polis, précis, et un peu trop bavards.

La boussole de la salle2 de liberté sur 15, et les quatre caméras

Chaque axe est noté de 0 à 3 : ce que cette salle change, comparé au village (ce que vous faites déjà), jamais comparé à la perfection.

Ce que vous gagnez en liberté

  • Garde : 0 sur 3, rien ne change qui tient la chose : vous, ou un tiers.
  • Juridiction : 0 sur 3, rien ne change loin d'un point unique : une banque, un État, un prestataire.
  • Monnaie : 0 sur 3, rien ne change le choix de la monnaie.
  • Discrétion : 1 sur 3, un peu moins vu ; le détail, caméra par caméra, est plus bas.
  • Prudence : 1 sur 3, un peu un risque que vous aviez déjà, réduit.

Les cinq additionnés : 2 de liberté sur 15, pour un effort de 1 sur 5.

Effort
1 sur 5
Liberté
2 de liberté sur 15
Genre de salle
Échauffement : un peu de liberté, peu d'effort

Le prix en confort

Confort : 3 sur 3, aussi simple qu'avant 3 : aussi simple qu'aujourd'hui ; 0 : nettement plus pénible.

Le confort ne compte pas dans la liberté : il dit ce que le geste vous coûte en simplicité. Trois tasses pleines, et vous ne sentez presque rien.

Les quatre caméras

Une caméra par observateur. Leur pose dit ce que chacune voit encore de vous, comparé au village (ce que vous faites déjà).

  • Badaud (le curieux, le voleur)

    un peu moins : vous voit un peu moins, gain de discrétion 1 sur 3

  • Changeur (la banque)

    comme au village : vous voit comme au village, gain de discrétion 0 sur 3

  • Marchand (la plateforme)

    un peu moins : vous voit un peu moins, gain de discrétion 1 sur 3

  • Intendance (l'administration)

    comme au village : vous voit comme au village, gain de discrétion 0 sur 3

À gagner Voici les caméras une fois l'objectif de donjon accompli. Avant le geste, toutes vous regardent, comme au village.

Les caméras du Changeur (la banque) et de l'Intendance (l'administration) vous voient toujours ici, et c'est normal : cette salle ne s'occupe pas d'elles.

Quête Se voir comme on vous voit

  • Le défi de la taverneparchemin fermé

    Lisez votre panneau « Ce que ce site sait de vous », puis répondez à trois questions sur ce qu'il contient.

    Il rapporte l'écusson « Observé lucide » peint, et 10 liards.

    Le geste en détail
  • Le bonus du donjonparchemin fermé

    Ouvrez la salle dans deux contextes (par exemple deux navigateurs), et obtenez deux empreintes différentes.

    Il rapporte l'écusson « Observé lucide » forgé, et 20 liards.

    Le geste en détail

Les deux objectifs sont indépendants. La Cafetière vérifie votre preuve dans votre navigateur, puis inscrit votre drapeau dans votre parchemin. Effort : 1 sur 5. Liberté gagnée : 2 sur 15.

Pas encore de parchemin ? Levez la Herse : deux minutes, un crayon. Vous en avez un ?Décachetez-le à la Herse pour voir où vous en êtes.

L’essentiel en cinq lignes

  1. Où vous êtes : dans la première salle de la Tour aux Volets, l’aile du site sur la vie privée.
  2. Ce que vous apprenez : ce qu’un site lit de vous sans rien demander, et ce qu’il ne peut pas savoir.
  3. Ce que vous faites : vous lisez le panneau « Ce que ce site sait de vous », puis vous le comparez dans deux navigateurs.
  4. Ce qu’il vous faut : deux navigateurs, ou deux appareils. Aucun argent, aucun compte. Durée : cinq à dix minutes.
  5. Ce que vous y gagnez : vous saurez ce qui vous rend reconnaissable en ligne, et quels outils y changent quelque chose.

Pourquoi cette salle, et l'histoire

Que voit un site de vous à chaque page ouverte, sans rien vous demander, et qu’est-ce qui vous rend reconnaissable ?

Votre navigateur se présente : sa langue, son nom, votre système, votre fuseau horaire, la taille de votre écran. Le serveur (l’ordinateur qui héberge le site) reçoit en plus votre adresse IP : le numéro de votre connexion à Internet. Ce n’est pas un piratage : c’est le web normal.

Le château (le site) affiche tout cela en direct dans un panneau, « Ce que ce site sait de vous », sans rien envoyer à personne.

À la fin, vous saurez :

  • ce qu’est une empreinte de navigateur : des détails banals qui, mis ensemble, peuvent vous rendre reconnaissable sans aucun cookie (un petit fichier déposé par un site pour vous reconnaître) ;
  • la différence entre être unique et être dans la foule ;
  • pourquoi un VPN change votre adresse IP, mais pas votre fuseau horaire.

L’histoire

Cas fictif, construit sur des faits réels.

Paul a 61 ans. Il a lu qu’un VPN rend « invisible ». Un VPN fait passer votre connexion par le serveur d’une entreprise, qui prête son adresse IP. Paul en installe un et choisit un serveur aux Pays-Bas. Pour Internet, pense-t-il, il est désormais à Amsterdam.

Son site d’actualité habituel, lui, voit ceci :

  • une adresse IP néerlandaise, celle du VPN ;
  • une langue préférée : le français de France ;
  • un fuseau horaire : Europe/Paris ;
  • un ordinateur sous Windows, avec la dernière version de Chrome ;
  • un écran de 1536 × 864 pixels, avec une mise à l’échelle de 125 % ;
  • huit cœurs de processeur.

C’est un Néerlandais qui lit en français et vit à l’heure de Paris. Il a la même machine, le même écran et les mêmes réglages que le Paul d’hier. Le VPN a changé l’adresse sur l’enveloppe. Il n’a pas changé l’écriture.

Rien de grave pour autant. Le site ne connaît toujours ni le nom de Paul, ni son adresse, ni son téléphone. Seul le fournisseur d’accès (l’opérateur qui vous relie à Internet) sait relier une adresse IP à un abonné. Il ne le dit que sur demande d’une autorité : la justice, la police, ou l’Arcom pour le partage d’œuvres protégées. L’Arcom est l’autorité publique qui contrôle l’audiovisuel et le numérique. Mais une régie publicitaire peut se dire : « Tiens, revoilà ce navigateur-là. » Une régie est une entreprise qui place des publicités sur des centaines de sites. Elle vous reconnaît avec ou sans cookies.

La première grande mesure de cette idée date de 2010. L’Electronic Frontier Foundation (EFF), une association américaine de défense des libertés numériques, a monté un site d’essai, Panopticlick. Il relevait ces petits détails chez ses visiteurs. Sur 470 161 navigateurs, 83,6 % avaient une combinaison unique. Personne n’avait déposé de cookie : les détails banals suffisaient.

Le site existe toujours, sous le nom de Cover Your Tracks. Vous pourrez y aller en fin de salle.

Le sergent Firmin, le garde qui explique qui vous voit : « Votre adresse dit d’où vous venez, votre navigateur dit qui vous êtes. Le VPN a repeint la porte, mais c’est toujours la même maison. »

Ce que vous faites

La recette

Trois étapes : lire le panneau, juger si vous êtes unique, puis comparer deux navigateurs. Vous obtenez deux empreintes différentes de la même personne : vous.

Étape 1 : lisez votre panneau

Chaque ligne du panneau donne une information, sa valeur chez vous, et qui la fournit.

  1. Ouvrez le panneau « Ce que ce site sait de vous », dans cette salle.
  2. Lisez chaque ligne du tableau ci-dessous dans votre panneau.
Ligne Ce qu’elle dit Qui la donne
Langue fr-FR, parfois suivie d’une liste (fr, en-US…) votre navigateur, à chaque page, sans qu’on la lui demande
Navigateur et version Firefox 140, Chrome, Safari… l’« agent utilisateur » : la carte de visite que le navigateur envoie à chaque page
Système Windows, macOS, Android, iOS, Linux l’agent utilisateur aussi
Fuseau horaire Europe/Paris, ou UTC sous Tor l’horloge de votre appareil, lisible par le code de la page (JavaScript)
Écran largeur, hauteur, densité de pixels (la finesse de l’affichage) JavaScript
Cœurs de processeur 4, 8, 12… JavaScript
Adresse IP masquée par défaut le serveur la reçoit ; le navigateur, lui, ne la connaît pas
Deux pièges de lecture : l'IP absente, le canvas
  • L’adresse IP n’apparaît pas d’office. Aucune fonction du navigateur ne la donne : il faut qu’un serveur la lui renvoie. Le château n’a aucun code qui la lise ou la garde. Son hébergeur la reçoit, comme celui de tout site, parce qu’il vous envoie les pages. Un bouton du panneau interroge un autre site, et vous prévient que ce site verra votre IP. Rien ne le déclenche à votre place. Retenez ceci : tout site que vous visitez reçoit votre IP. Il en tire en général une ville ou un département, et le nom de votre opérateur. Il n’en tire pas votre identité.
  • Le panneau ne lit pas le « canvas ». C’est un dessin invisible que certains traqueurs font tracer à votre carte graphique pour la reconnaître. Les vrais traqueurs le font. Le château vous le signale, sans vous le faire.

Étape 2 : jugez si vous êtes unique ou dans la foule

En bas du panneau, une ligne résume : « plutôt unique » ou « plutôt dans la foule ». C’est une estimation.

Pourquoi ce n'est qu'une estimation

Pour savoir si vous êtes vraiment unique, il faudrait comparer votre empreinte à celles de milliers de visiteurs, donc les collecter. Le château ne collecte rien. Le panneau signale donc les valeurs rares : une langue et un fuseau qui ne vont pas ensemble, un écran inhabituel, une longue liste de langues. Il reconnaît aussi les navigateurs faits pour que tous leurs utilisateurs se ressemblent.

Retenez trois choses :

  • Chaque détail est banal. Des millions de gens ont fr-FR et Europe/Paris.
  • C’est la combinaison qui distingue. Langue, écran, zoom, cœurs et version exacte : ensemble, ils deviennent vite rares.
  • Il y a deux façons de s’en sortir. La première : ressembler à tout le monde. Tor Browser et Mullvad Browser sont deux navigateurs conçus pour cela : chaque utilisateur y présente la même empreinte. La seconde : brouiller les pistes. Le navigateur Brave modifie légèrement certaines valeurs, différemment pour chaque site et à chaque session. La première est la plus solide, la seconde la plus confortable.

Étape 3 : comparez deux navigateurs

Le panneau affiche une empreinte courte : huit caractères calculés à partir des lignes ci-dessus.

  1. Notez l’empreinte courte de votre navigateur.
  2. Ouvrez le château dans un autre navigateur.
  3. Ouvrez-y le panneau, et notez la nouvelle empreinte courte.
  4. Comparez les lignes des deux panneaux.

Vous verrez ceci :

  • la langue, le fuseau, l’écran et les cœurs sont souvent identiques, puisque la machine est la même ;
  • le navigateur, sa version et parfois la liste des langues changent ;
  • l’empreinte courte change donc aussi.

C’est la leçon centrale : changer de navigateur change ce qu’un site voit ; changer d’adresse IP ne le change pas. Le VPN de Paul agissait au mauvais endroit.

Pour l’instant, ne changez rien d’autre. Cette salle est un miroir, pas une protection. Les gestes viennent dans les salles suivantes, du plus rentable au plus exigeant : un navigateur qui bloque les traqueurs, un VPN pour cacher vos sites à votre fournisseur d’accès, puis Tor pour vous fondre dans la foule.

Les variantes : la fenêtre privée, Tor Browser, une mesure sur une vraie base
  • Variante : La fenêtre privée

    Effort en plus : aucun

    Ce que vous gagnez : vous voyez ce qu’elle cache, et ce qu’elle ne cache pas

    Ce que vous risquez : rien

  • Variante : Tor Browser

    Effort en plus : l’installer, si ce n’est pas fait

    Ce que vous gagnez : vous voyez une empreinte « dans la foule »

    Ce que vous risquez : rien

  • Variante : Cover Your Tracks ou AmIUnique

    Effort en plus : deux minutes

    Ce que vous gagnez : une mesure contre une vraie base d’empreintes

    Ce que vous risquez : ces sites gardent votre empreinte, pour leur recherche

La fenêtre privée. Refaites l’étape 3 dans une fenêtre privée du même navigateur. L’empreinte est en général la même. La navigation privée efface l’historique et les cookies à la fermeture. Elle ne change ni votre écran, ni votre fuseau, ni votre navigateur. Mozilla le dit lui-même : elle n’empêche pas les sites de connaître votre localisation. Une exception : dans ses versions récentes (dont la 145, de novembre 2025), Firefox cache aux sites, en fenêtre privée, certains détails de votre appareil, comme le nombre de cœurs du processeur. L’empreinte courte peut alors changer.

Tor Browser. Tor Browser fait passer votre connexion par trois relais, et il est réglé pour que tous ses utilisateurs se ressemblent. Si vous l’avez, ouvrez-y le château. Le panneau change : fuseau UTC, langue en-US (selon le réglage), fenêtre aux dimensions arrondies, cœurs de processeur figés. La ligne du bas passe à « dans la foule ». Tor Browser ne vous rend pas invisible : il vous rend identique aux autres utilisateurs de Tor Browser. C’est mieux.

Mullvad Browser, ou Firefox avec l’option cachée resistFingerprinting, donne presque le même résultat. Le panneau peut le prendre pour Tor : c’est normal.

Une mesure sur une vraie base. Deux sites de recherche comparent votre empreinte à celles de nombreux visiteurs : Cover Your Tracks (EFF) et AmIUnique (une équipe de chercheurs français). Ils collectent votre empreinte : c’est le principe de leur mesure, et ils l’annoncent clairement. Allez-y en connaissance de cause.

Le défi de la taverne

lisez votre panneau

Après l’étape 1, répondez à trois questions dans la Cafetière : recopiez votre fuseau horaire, puis deux réponses en un clic (la ligne que le site ne peut pas lire, et ce que la fenêtre privée efface).

Le bonus du donjon

obtenez deux empreintes différentes

Faites l’étape 3, ou utilisez un second appareil. Revenez dans le navigateur où votre parchemin est ouvert, et saisissez dans la Cafetière les huit caractères de la seconde empreinte courte.

Ce que vous gagnez

Le verdict

Écusson forgé : Observé lucide. Vous avez comparé les empreintes de deux navigateurs. Pour votre entourage, vous êtes désormais la personne qui colle du scotch sur sa webcam, et qui répond « ça dépend » quand on lui demande s’il faut accepter les cookies.

L’Intendance, elle, n’a besoin d’aucune empreinte pour vous reconnaître. Elle perd votre dossier entre deux guichets, mais n’oublie jamais votre adresse pour l’avis d’imposition.

Et si votre seconde empreinte vient de Tor Browser :

Votre second navigateur ressemble trait pour trait à des centaines de milliers d’autres. Pour la première fois de votre vie numérique, vous êtes parfaitement banal : c’est ce qu’on fait de plus difficile.

Percolozor, en voix off. J’ai écrit un panneau qui lit votre navigateur et ne garde rien. Mon hébergeur reçoit quand même votre IP : j’ai longtemps cherché à l’en empêcher, avant de comprendre que c’est ainsi que marche Internet.

Bloqué ?

La vérification, les sucres et le déca

Voir l'aide de la Cafetière
  • Les sucres : trois indices gratuits, à ouvrir un par un. Un sucre donne une piste, deux la méthode, trois la solution. Votre journal note seulement combien vous en prenez.
  • Le déca : vous lisez la salle sans faire la quête. Vous n'avez pas l'écusson, mais le chemin continue, et vous revenez quand vous voulez.

Comment la Cafetière vérifie, chez vous

Rien ne sort de votre navigateur.

Le détail de la vérification
  • Objectif de taverne : la Cafetière compare votre fuseau horaire à celui que votre navigateur annonce. Pour les deux autres questions, elle cherche des mots-clés dans votre réponse : le mot « IP » pour la ligne, et l’un des mots « cookies », « historique », « stockage » ou « session » pour la fenêtre privée. Tout se passe dans votre navigateur.
  • Objectif de donjon :
    1. Le panneau lit les valeurs qu’il affiche : langues, fuseau horaire et décalage horaire, agent utilisateur, système, dimensions et densité de l’écran, nombre de cœurs, mémoire annoncée, signaux « Do Not Track » et Global Privacy Control, cookies acceptés ou non, polices installées repérées parmi une liste de noms courants, et la présence ou non de WebRTC. Pas de canvas, pas d’IP.
    2. Il les hache ensemble avec SHA-256. Hacher, c’est calculer un résumé court et fixe d’un texte ; SHA-256 est la méthode intégrée au navigateur. Il en tire huit caractères : c’est l’empreinte courte. Elle n’est ni stockée ni envoyée. Changez une seule de ces valeurs, et l’empreinte change.
    3. Dans le second navigateur, le même calcul donne une autre empreinte courte. Vous la saisissez à la main dans la Cafetière, dans le navigateur où votre parchemin est ouvert.
    4. La Cafetière vérifie que l’empreinte saisie est bien formée, et qu’elle diffère de la sienne.
    5. Votre navigateur tire le drapeau des deux empreintes courtes. La Cafetière l’inscrit dans votre parchemin, avec les deux empreintes.
  • Peut-on tricher ? Oui. N’importe qui peut taper huit caractères au bon format, ou lire le code. Vous n’y gagneriez qu’un écusson pour un geste que vous n’avez pas fait. Le geste, lui, prend deux minutes.

Les sucres

Un sucre, une piste

Une fenêtre privée ne suffit pas : elle oublie, mais elle ne se déguise pas. Il vous faut un navigateur qui se présente autrement.

Deux sucres, la méthode

Relisez l’étape 3 : Firefox si vous êtes sur Chrome, Safari si vous êtes sur Firefox, Tor Browser si vous l’avez. C’est l’empreinte courte de cet autre navigateur que vous saisissez ici.

Trois sucres, la solution
  • La Cafetière dit « même empreinte » : vous avez ouvert le même navigateur, ou sa fenêtre privée. Changez de navigateur, ou d’appareil.
  • La fenêtre privée de Firefox vous a donné une empreinte différente : elle est acceptée, car Firefox y cache certaines valeurs. Le geste qui compte reste de comparer deux contextes.
  • La Cafetière dit « format inattendu » : vous avez saisi un espace ou un caractère de trop, ou un morceau du drapeau. Saisissez seulement les huit caractères de la ligne « empreinte courte ».
  • Vous n’avez qu’un seul navigateur : le téléphone fait l’affaire. Ouvrez-y le château, lisez l’empreinte, puis saisissez-la ici.

Le déca

Le panneau, lui, reste à votre disposition. Regardez-le changer le jour où vous changerez de navigateur.

Pour comprendre

À lire à votre rythme

La boussole

Par rapport à votre navigateur habituel, rien ne change dans vos outils : vous gagnez de la lucidité, pas de la protection.
Axe Pourquoi
GardeRien ne change dans qui tient quoi.
JuridictionRien ne change de pays ni de droit.
MonnaieAucun centime n’est en jeu.
DiscrétionVous n’êtes pas plus discret. Mais vous savez enfin ce qui vous trahit, et ce savoir guide tous les choix suivants.
ConfortVous ne changez aucune habitude : vous regardez.
Prudence (un risque existant réduit)Vous ne croirez plus qu’un VPN ou une fenêtre privée vous rend invisible. Cette illusion coûte cher le jour où l’on compte dessus.

Les quatre caméras

Caméra Ce qu’elle voit, comparé au village
du Badaud (le curieux, le voleur) La même chose qu’avant. Vous savez désormais que la fenêtre privée vous protège de qui utilise l’ordinateur après vous, et seulement de lui.
du Changeur (la banque) La même chose qu’avant. Elle connaît déjà votre nom, votre adresse et vos achats : une empreinte ne lui apprendrait rien.
du Marchand (la plateforme : sites, régies publicitaires) La même chose qu’avant. Mais vous savez qu’un site peut vous reconnaître sans cookie, et quels navigateurs l’en empêchent.
de l’Intendance (l’administration) La même chose qu’avant. Votre fournisseur d’accès garde vos données de connexion un an, comme avant.

Pour situer : un paiement par carte relie chaque achat à votre compte bancaire, donc à votre nom. Votre banque voit le commerçant et le montant. Le commerçant voit votre carte et votre banque. Une empreinte de navigateur, elle, ne transmet aucun nom. Elle permet de dire « c’est le même navigateur qu’hier ». C’est beaucoup pour une régie publicitaire, mais bien moins qu’un paiement par carte.

Partageot, l’écuyer de votre compagnie, qui partage tout : « J’ai envoyé un pigeon au royaume pour dire que j’étais à Amsterdam. Il portait mon fuseau, ma langue et mon écran, alors tout le monde a compris que j’étais resté à Paris. »

Les risques, chiffrés

Cette salle ne vous expose à rien de nouveau : les cinq risques ci-dessous existent déjà avec votre navigateur actuel, le cookie restant le plus courant et l’empreinte le plus discret.
Risque En une ligne
1. Être reconnu par son empreinte Possible partout. Un navigateur courant et à jour se fond déjà assez bien dans la foule.
2. Les cookies et traqueurs classiques Fréquents, mais en net recul sur les grands sites français depuis 2021.
3. L’adresse IP Certaine : chaque site la reçoit. Elle donne une ville, pas votre nom.
4. Recopier son empreinte d’un navigateur à l’autre Nul : elle ne dit rien qu’un site ne sache déjà.
5. Les sites de mesure Faible : ils gardent votre empreinte, et ils l’annoncent.
1. Être reconnu par son empreinte, sans cookie
  • Possible ? Oui, techniquement, sur tout site qui exécute du JavaScript.
  • Probable ? Cela dépend beaucoup de l’échantillon mesuré. En 2010, 83,6 % des 470 161 navigateurs testés par l’EFF étaient uniques. Mais ces visiteurs s’intéressaient à la vie privée, avec des configurations rares. En 2016, AmIUnique trouvait 89,4 % d’empreintes uniques sur 118 934. En 2018, une équipe qui comptait certains des mêmes chercheurs a étudié 2 067 942 empreintes, relevées sur un grand site français. Elle n’en trouvait plus que 33,6 % d’uniques. Un navigateur courant, à jour, sur un appareil courant, se fond donc déjà assez bien dans la foule.
  • Coût : de la publicité ciblée, un profil chez un courtier en données (une entreprise qui achète et revend des profils). Pas d’argent perdu, pas de nom révélé par l’empreinte seule.
  • Tendance : du côté des navigateurs, en baisse : Firefox, Safari, Brave et Tor renforcent leurs défenses. Du côté des traqueurs, en hausse possible : depuis le 16 février 2025, Google n’interdit plus aux clients de ses outils publicitaires d’utiliser l’empreinte. Le régulateur britannique de la vie privée (l’ICO) a jugé ce changement « irresponsable ».
  • Durée : l’empreinte s’efface en partie avec le temps. Une mise à jour du navigateur, un nouvel écran ou un nouvel appareil la changent.
  • Comparé au village : si vous êtes connecté à votre compte Google, Facebook ou Amazon, vous êtes déjà reconnu à coup sûr, par votre identifiant. L’empreinte sert à ceux qui ne vous ont pas encore identifié.
2. Les cookies et traqueurs classiques
  • Possible ? Oui, sur presque tous les sites.
  • Probable ? Oui, mais en net recul. La CNIL (l’autorité française de protection des données) a suivi les 1 000 sites les plus visités en France. Entre janvier 2021 et août 2022, la part de sites déposant plus de 6 cookies tiers (des cookies posés par un autre site que celui que vous visitez, souvent une régie) est passée de 24 % à 12 %. Celle des sites n’en déposant aucun est passée de 20 % à 29 %.
  • Coût : de la publicité ciblée et un profil, comme pour l’empreinte.
  • Tendance : en baisse sur les grands sites français, sous l’effet des contrôles de la CNIL.
  • Durée : jusqu’à ce que vous effaciez les cookies, ou à la fermeture d’une fenêtre privée.
  • Comparé au village : Firefox isole par défaut les cookies de chaque site depuis juin 2022. Chrome accepte toujours les cookies tiers par défaut. Ce choix de navigateur pèse plus lourd que tous les bandeaux que vous refusez.
3. L'adresse IP
  • Possible ? C’est certain : chaque site la reçoit.
  • Probable ? Certain. Le site en tire en général une ville ou un département, et le nom de l’opérateur.
  • Coût : une localisation approximative. Pas votre nom : seul votre fournisseur d’accès sait relier une IP à un abonné, et il ne le dit que sur demande d’une autorité.
  • Tendance : stable.
  • Durée : les opérateurs conservent ces données de connexion un an. Le décret n° 2026-920, en vigueur depuis le 21 octobre 2026, a reconduit cette obligation. Elles s’effacent ensuite.
  • Comparé au village : c’est le cas de tous les sites que vous visitez déjà.
4. Recopier son empreinte d'un navigateur à l'autre
  • Possible ? C’est le geste de la quête.
  • Probable ? Le risque est nul.
  • Coût : aucun. L’empreinte courte résume des valeurs que tout site lit déjà. Quelqu’un d’obstiné pourrait essayer toutes les combinaisons courantes et retrouver les valeurs d’origine. Il apprendrait votre langue, votre fuseau et la taille de votre écran, et toujours pas qui vous êtes.
  • Tendance : sans objet.
  • Durée : l’empreinte ne sort pas de votre appareil, sauf si vous la recopiez ailleurs.
  • Comparé au village : une régie publicitaire lit déjà toutes ces valeurs.
5. Les sites de mesure (Cover Your Tracks, AmIUnique)
  • Possible ? Oui : ils collectent votre empreinte.
  • Probable ? Certain, si vous y allez. C’est le principe de leur mesure.
  • Coût : faible. Ils la gardent pour leur recherche, et ils l’annoncent.
  • Tendance : stable.
  • Durée : le temps que ces sites gardent leurs données.
  • Comparé au village : une régie publicitaire lit les mêmes valeurs, sans vous prévenir.

Oubliette : le Mode Incognito. Le Mode Incognito est le nom de la fenêtre privée dans Chrome. Vous croyez que la navigation privée vous cache des sites. Elle efface seulement l’historique et les cookies sur votre appareil, à la fermeture de la fenêtre. Pour changer ce qu’un site voit, changez de navigateur.

Basile, le gardien des oubliettes : « La fenêtre privée cache votre visite à qui utilise l’ordinateur après vous ; le site, lui, vous a vu entrer. Rien n’est perdu : l’échelle arrive. »

Ce que dit la loi

En bref : regarder ce que dit votre navigateur, en changer, ou utiliser un VPN ou Tor, n’est interdit par aucun texte en France ; pour les sites, l’empreinte est un traceur comme le cookie, et la publicité ciblée exige votre accord.
La loi en détail : vos outils, les règles des sites, les sanctions, la conservation de l'IP
  • Vos outils. Un autre navigateur, une fenêtre privée, un VPN ou Tor : aucun texte ne les interdit. L’article 30 de la loi pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN, 2004) pose que « l’utilisation des moyens de cryptologie est libre ». La cryptologie, c’est l’ensemble des techniques de chiffrement.
  • Les règles des sites. La CNIL range expressément le « fingerprinting » (l’empreinte) parmi les traceurs. La règle de l’article 82 de la loi Informatique et Libertés s’applique donc. Cet article transpose la directive européenne ePrivacy. Lire des informations sur votre appareil suppose votre consentement préalable, comme pour les cookies. Seule exception : ce qui est strictement nécessaire au service. La publicité ciblée n’en fait pas partie.
  • Les sanctions. Entre 2020 et 2022, la CNIL a prononcé 8 sanctions sur les cookies, pour 421 millions d’euros au total. Le 1er septembre 2025, elle a infligé 325 millions d’euros à Google et 150 millions d’euros à Shein, notamment pour des cookies déposés sans consentement valable.
  • La conservation de l’IP. Les opérateurs conservent les données de connexion un an, adresse IP comprise. C’est l’article L. 34-1 du code des postes et des communications électroniques, appliqué par décret. Le décret n° 2026-920 du 30 septembre 2026 a reconduit cette obligation. Le 30 juin 2023, le Conseil d’État avait validé le décret précédent, de 2022, qui imposait déjà la même durée.

Les chiffres sont au Le Greffe · La loi en chiffres.

Pour aller plus loin

8 salles pour continuer, dans cette aile et les autres.

Dans la Tour aux Volets

Dans l’Aile du Trésor

Dans la Volière

Sources

Vérifiées en octobre 2026.

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