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Il était une fois le château de Bas-de-Laine

  1. 1/11

    Il était une fois le Royaume de Tout-pour-Votre-Bien, heureux par décret, et contrôlé pour vérifier.

    Le Trône y prenait la moitié des récoltes et en rendait le quart, sous forme de conseils.

    On appelait cela la solidarité. Ceux qui demandaient où passait l'autre quart, on les appelait des égoïstes.

    Tous les sujets y étaient égaux : également pauvres, et également fichés.

  2. 2/11

    Un matin, le Chancelier monta au balcon du Grand Guichet pour annoncer un progrès.

    Le Chancelier : Sujets ! Pour votre sécurité, tout ce qui vous concerne ira désormais dans un seul Grand Registre.

    Le Chancelier : Un registre, un cadenas, une clé. Nos experts appellent cela la simplification. Les brigands aussi.

    Le Chancelier : Il sera tenu par le Grand Clerc, recalé à tous les concours du Royaume, sauf celui de la loyauté.

    Le Grand Clerc : Merci, Excellence. Le mot de passe sera « royaume123 ». Je l'écris sur le cadenas, en cas d'oubli.

  3. 3/11

    Le premier à se présenter fut Partageot, un écuyer qui n'avait jamais gardé un secret plus de dix minutes.

    Partageot : Bonjour ! Je viens tout donner au Registre : mon nom, mon or, mes amours et mon code de coffre, en entier.

    Le Grand Clerc : Il faut le formulaire B. Il s'obtient en rendant le formulaire A, au guichet 4, le mardi.

    Le Grand Clerc : Le guichet 4 ouvre de dix heures à dix heures et quart. Sauf pendant la pause.

    Partageot : J'y vais depuis six mois. Je n'ai toujours pas le formulaire A, mais je me sens déjà très protégé.

  4. 4/11

    La banque centrale du Royaume obéissait au Trône. Dans sa cave dormait un Dragon, nourri par les épargnants.

    Le Percepteur : Chaque année, notre Dragon souffle sur vos écus, et ils rétrécissent. Nous appelons cela la politique monétaire.

    Le Dragon de la banque centrale : Fffffffffff.

    Le Percepteur : Voilà. Vous venez de perdre deux pour cent. Réjouissez-vous : vos écus sont plus légers à porter.

    Le Percepteur : Les retraits sont plafonnés à dix écus par semaine. Votre argent est à vous, mais il dort chez nous.

    Le Percepteur : Chaque achat est déclaré au Registre. Trois chandelles d'un coup ? Compte gelé : vous complotiez dans le noir.

  5. 5/11

    Pour écrire à quelqu'un, il fallait un pigeon. Et tous les pigeons passaient par le Grand Guichet.

    Partageot : J'ai écrit à ma tante. Ma lettre a été ouverte, recopiée au Registre, puis lue à voix haute sur la place.

    Partageot : C'est pour attraper les brigands. Eux ont des pigeons chiffrés, alors on lit ceux des tantes. C'est plus simple.

    Partageot : Moi, je n'ai rien à cacher. Toute la place sait que j'ai des cors aux pieds. Ça m'évite de prévenir.

    Partageot : Le lendemain, le Royaume m'a proposé une pommade agréée, et une taxe sur les orteils. Il pense vraiment à moi !

  6. 6/11

    Un soir, le Grand Clerc emporta le Registre à la taverne, pour travailler. Il en repartit sans, pour dormir.

    Le Grand Clerc : Je l'avais posé là, à côté de la chope. Avec le cadenas, et le mot de passe dessus. Comme prévu.

    Au matin, le Grand Registre se vendait au marché noir. Trois sous la page, le cadenas offert.

    Le Chancelier : Je vous rassure : aucune donnée sensible n'a fuité. Seulement vos noms, vos écus, vos lettres et vos secrets.

    Le Chancelier : Le Grand Clerc est promu. Personne ne connaît mieux le dossier, à part les brigands.

    Le Chancelier : Une commission enquêtera. Elle sera payée par un impôt nouveau, et par une taxe sur cet impôt.

    Partageot : Les brigands lisent mes lettres à ma tante ! Il faut prévenir quelqu'un. Je vais écrire au Registre.

  7. 7/11

    Les gueux finirent par en avoir assez. Ils voulaient gagner plus en travaillant moins, et ils avaient un plan.

    Le Meneur des gueux : Gueux ! Le Royaume nous prend tout ! Aux fourches, aux faux, et sus au Palais !

    Le Meneur des gueux : Nos exigences : gagner plus, travailler moins, et que le Royaume paie tout. Avec quel argent ? Le sien !

    Le Royaume n'avait pas d'argent à lui. Il n'avait que celui des gueux. Personne n'osa le dire au Meneur.

    Le Meneur des gueux : Le cortège part mardi à dix heures. Il est déclaré au guichet 4, formulaire C, en trois exemplaires.

    Ils marchèrent trois jours, chantèrent, cassèrent deux charrettes, et brûlèrent un Chancelier. En paille.

  8. 8/11

    Le Chancelier : Sujets, votre colère est entendue. Une commission l'écoutera, dès qu'elle aura fini avec le Registre.

    Le Chancelier : Pour financer le maintien de l'ordre, une taxe sur les fourches entre en vigueur ce matin. Et une sur les faux.

    Le Chancelier : Rentrez chez vous. Vos noms sont inscrits au Registre. Au nouveau, celui à deux cadenas.

    Le Meneur des gueux : Victoire, camarades ! Ils ont dit qu'ils nous écoutaient !

    Les gueux rentrèrent plus pauvres d'une taxe. Le Palais n'avait pas bougé d'une pierre. Le Chancelier non plus.

    Le nouveau Registre fut oublié à la même taverne, par le même Clerc, promu entre-temps.

  9. 9/11

    Au fond de la foule, un gueux n'avait pas levé de fourche. Il avait levé un crayon. On avait beaucoup ri.

    Le Meneur des gueux : Un crayon ? Contre le Palais ? Tu vas lui écrire une lettre ? Par pigeon ?

    Percolozor : Je ne veux pas prendre le Palais. Je veux seulement que mes affaires n'y soient plus.

    Percolozor : Mes clés, je les note moi-même, au crayon. Ce que je garde moi-même, aucun Clerc ne l'oublie à la taverne.

    Le Meneur des gueux : Et ta révolution, alors ? Elle commence quand ?

    Percolozor : Elle a commencé. Elle ne se déclare pas au guichet 4.

  10. 10/11

    Ce gueux au crayon s'appelait Percolozor. Il partit loin du Palais, et bâtit un château pour s'entraîner.

    Percolozor : Bienvenue à Bas-de-Laine. Chaque salle vous apprend un vrai geste, à refaire chez vous, sans demander à personne.

    Percolozor : Les règles du jeu, je vous les dirai en chemin, quand elles serviront. Un bouton « ? » les rejoue.

    Percolozor : Budget pièges réduit, budget murs aussi. Mais ici, chacun garde ses affaires lui-même.

    Règle : Une salle = un vrai geste, à refaire chez vous. Les règles s'expliquent en chemin.

  11. 11/11

    Au bout de la cour, la Herse. Devant, un portier à barbe grise, qui n'avait jamais rempli un formulaire.

    Le Portier : Pour entrer, vous recevez douze mots. Recopiez-les sur papier, au crayon. C'est tout.

    Le Portier : Ils ferment votre parchemin, le fichier de votre progression, gardé chez vous. Ils ne protègent aucun argent.

    Partageot : Douze mots ? Je les envoie à ma tante par pigeon, comme ça ils sont en sécurité !

    Le Portier : Surtout pas. Papier, crayon, tiroir. Au Royaume, il fallait trois formulaires ; ici, un crayon suffit.

    Règle : Pour entrer : douze mots, recopiés sur papier. Rien d'autre à savoir.

  12. Bas-de-Laine

    Le serment des Douze vous attend à la Herse.

    Appuyez pour entrer

    Les autres règles vous seront contées en chemin, au moment où elles servent. Un « ? » les rejoue, et leLivret de règles les garde toutes.