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Bas de Laine

La Volière · rez-de-chaussée

La Salle du Tri Postal · L'enveloppe parle plus que la lettre

Un commis ne lit jamais les lettres. Il lit les enveloppes : qui écrit à qui, quand, combien de fois. Il en sait déjà beaucoup trop.

La boussole de la salle2 de liberté sur 15, et les quatre caméras

Chaque axe est noté de 0 à 3 : ce que cette salle change, comparé au village (ce que vous faites déjà), jamais comparé à la perfection.

Ce que vous gagnez en liberté

  • Garde : 0 sur 3, rien ne change qui tient la chose : vous, ou un tiers.
  • Juridiction : 0 sur 3, rien ne change loin d'un point unique : une banque, un État, un prestataire.
  • Monnaie : 0 sur 3, rien ne change le choix de la monnaie.
  • Discrétion : 1 sur 3, un peu moins vu ; le détail, caméra par caméra, est plus bas.
  • Prudence : 1 sur 3, un peu un risque que vous aviez déjà, réduit.

Les cinq additionnés : 2 de liberté sur 15, pour un effort de 1 sur 5.

Effort
1 sur 5
Liberté
2 de liberté sur 15
Genre de salle
Échauffement : un peu de liberté, peu d'effort

Le prix en confort

Confort : 3 sur 3, aussi simple qu'avant 3 : aussi simple qu'aujourd'hui ; 0 : nettement plus pénible.

Le confort ne compte pas dans la liberté : il dit ce que le geste vous coûte en simplicité. Trois tasses pleines, et vous ne sentez presque rien.

Les quatre caméras

Une caméra par observateur. Leur pose dit ce que chacune voit encore de vous, comparé au village (ce que vous faites déjà).

  • Badaud (le curieux, le voleur)

    un peu moins : vous voit un peu moins, gain de discrétion 1 sur 3

  • Changeur (la banque)

    comme au village : vous voit comme au village, gain de discrétion 0 sur 3

  • Marchand (la plateforme)

    un peu moins : vous voit un peu moins, gain de discrétion 1 sur 3

  • Intendance (l'administration)

    comme au village : vous voit comme au village, gain de discrétion 0 sur 3

À gagner Voici les caméras une fois l'objectif de donjon accompli. Avant le geste, toutes vous regardent, comme au village.

Les caméras du Changeur (la banque) et de l'Intendance (l'administration) vous voient toujours ici, et c'est normal : cette salle ne s'occupe pas d'elles.

Quête L'enveloppe parle

  • Le défi de la taverneparchemin fermé

    Dites quel mode de Telegram est chiffré de bout en bout.

    Il rapporte l'écusson « Lecteur d'enveloppes » peint, et 10 liards.

    Le geste en détail
  • Le bonus du donjonparchemin fermé

    Ouvrez l'onglet Réseau de votre navigateur, trouvez la fausse requête mouchard de la salle, et collez son nom.

    Il rapporte l'écusson « Lecteur d'enveloppes » forgé, et 20 liards.

    Le geste en détail

Les deux objectifs sont indépendants. La Cafetière vérifie votre preuve dans votre navigateur, puis inscrit votre drapeau dans votre parchemin. Effort : 1 sur 5. Liberté gagnée : 2 sur 15.

Pas encore de parchemin ? Levez la Herse : deux minutes, un crayon. Vous en avez un ?Décachetez-le à la Herse pour voir où vous en êtes.

L’essentiel en cinq lignes

  1. Où vous êtes : la Salle du Tri Postal, au rez-de-chaussée de la Volière, la partie du site sur les messageries.
  2. Ce que vous apprenez : le chiffrement protège ce que vous écrivez, mais pas à qui, quand ni d’où vous l’écrivez.
  3. Ce que vous faites : vous vérifiez ce que vos messageries chiffrent vraiment. Puis vous voyez un faux bouton « Partager » envoyer des données sans aucun clic.
  4. Ce qu’il vous faut : un ordinateur, sans argent ni compte. Durée : quinze à vingt minutes.
  5. Ce que vous y gagnez : vous savez ce que votre messagerie et les sites que vous lisez apprennent sur vous.

Pourquoi cette salle, et l'histoire

Si vos messages sont chiffrés, c’est-à-dire illisibles sans la clé, que peut-on encore savoir de vous sans jamais les ouvrir ?

Le chiffrement protège la lettre, pas l’enveloppe. L’enveloppe, ce sont les métadonnées : qui écrit à qui, quand, combien de fois, depuis quel appareil et quelle adresse. La Poste n’a jamais eu besoin d’ouvrir une lettre pour savoir que vous écrivez tous les mardis au même cabinet d’avocats, ni votre messagerie.

Sans rien installer, vous saurez :

  • ce que WhatsApp chiffre, et ce qu’il collecte malgré tout ;
  • pourquoi Telegram ne chiffre pas de bout en bout par défaut, et quel mode le fait ;
  • comment repérer, de vos propres yeux, un bouton « Partager » qui parle avant votre clic.

L’histoire

En 2013, l’agence de renseignement américaine collecte en masse les relevés d’appels téléphoniques, sans le contenu des conversations. Ses défenseurs répètent que ce ne sont « que des métadonnées » : des numéros et des horaires, rien de personnel.

Trois chercheurs de l’université Stanford vérifient. 823 volontaires installent sur leur téléphone Android une application qui relève seulement l’enveloppe : quel numéro appelle quel numéro, à quelle heure, combien de temps. Jamais une parole ni le texte d’un message. L’équipe récolte 251 788 appels et 1 234 231 SMS, puis cherche qui se trouve au bout des numéros, avec des annuaires publics et un moteur de recherche.

Les résultats paraissent en 2016 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, une revue scientifique américaine. Trois cas, anonymisés par les auteurs :

  • Le participant B reçoit un long appel du service de cardiologie d’un centre médical, appelle un laboratoire d’analyses, reçoit plusieurs appels d’une pharmacie, puis appelle l’assistance d’un appareil qui surveille le rythme cardiaque. Des sources publiques confirment qu’il souffre d’arythmie.
  • Le participant C appelle souvent une armurerie spécialisée dans un modèle de fusil semi-automatique, puis passe de longs appels au service client du fabricant. Il en possédait un.
  • La participante E passe un long appel à sa sœur, tôt le matin. Deux jours plus tard, elle appelle plusieurs fois un centre de planning familial, puis le rappelle deux semaines et un mois après.

Personne n’a écouté une seule conversation : l’enveloppe a suffi. Et, notent les auteurs, même quand une déduction est fausse, paraître malade, armé ou enceinte a déjà des conséquences.

En 2014, lors d’un débat universitaire, un ancien directeur de cette même agence a été plus direct : « We kill people based on metadata », « nous tuons des gens sur la base de métadonnées ». Il parlait de frappes de drones à l’étranger, mais sa phrase dit la valeur que les professionnels donnent à l’enveloppe.

Votre groupe WhatsApp « Famille » ne vous expose à aucun drone. Mais l’enveloppe de vos conversations existe, chez quelqu’un : cette salle vous apprend chez qui, et ce qu’il y a dessus.

Partageot, l’écuyer de votre compagnie, qui fait tout savoir à tout le monde : « Le cachet protège ce que j’écris, pas à qui ni à quelle heure. J’ai cacheté toutes mes lettres pendant dix ans, et tout le royaume connaît quand même mes amours. »

Ce que vous faites

La recette

Trois étapes, sans rien installer : la liste de ce que vos messageries savent, deux minutes de réglages, et un mouchard pris sur le fait.

Étape 1 : écrivez votre propre enveloppe

Prenez le dernier message que vous avez envoyé, sur n’importe quelle application. Sans regarder son contenu, notez ce qu’en sait l’entreprise qui le transporte :

Sur l’enveloppe Exemple
L’expéditeur votre numéro de téléphone, ou votre identifiant
Le destinataire le numéro de votre sœur, ou un groupe de 14 personnes
L’heure mardi, 23 h 47
La fréquence le troisième message à cette personne aujourd’hui
Le lieu approximatif déduit de votre adresse IP (l’adresse de votre connexion) ou de votre réseau mobile
L’appareil modèle de téléphone, version du système
Votre carnet d’adresses si l’application y a accès

Ces sept lignes ne disent rien de ce que vous avez écrit. Sur un mois entier, elles donnent la carte de votre vie sociale, vos horaires, vos insomnies et les médecins que vous consultez.

Les deux sortes de chiffrement
  • le chiffrement de bout en bout est une lettre scellée : seuls l’expéditeur et le destinataire ont les clés, et le serveur (l’ordinateur de l’entreprise qui fait passer vos messages) transporte une enveloppe qu’il ne peut pas ouvrir ;
  • le chiffrement client-serveur protège le trajet, mais le serveur peut lire le message à l’arrivée.

Beaucoup d’applications jouent sur la confusion entre les deux.

Étape 2 : vérifiez ce que fait votre messagerie actuelle

Si vous utilisez WhatsApp. Le contenu de vos messages et de vos appels est chiffré de bout en bout : personne n’a montré que Meta le lise. Tout le reste, en revanche, Meta le garde, le partage dans son groupe, et le livre sur demande. WhatsApp appartient à Meta, la maison de Facebook et d’Instagram, dont le métier est de savoir qui vous fréquentez pour vous vendre de la publicité. La lettre est scellée ; le facteur, lui, travaille pour une régie.

Ce que WhatsApp collecte, d'après sa politique

46,3 millions de personnes l’ont ouvert en France en février 2025, selon Médiamétrie. Sa politique de confidentialité européenne indique qu’il collecte :

  • vos informations d’usage : activité, heure, fréquence et durée de vos échanges, statut « vu à » ;
  • votre appareil et votre connexion, adresse IP comprise ;
  • une localisation approximative, déduite de votre IP et de l’indicatif de votre numéro ;
  • votre carnet d’adresses, si vous l’autorisez, et, pour vos contacts absents de WhatsApp, une empreinte de leur numéro (un hachage : un code calculé à partir du numéro).

Il les partage avec les autres sociétés du groupe Meta : la lettre est scellée, mais l’enveloppe est photocopiée et classée.

Ce que Meta a déjà livré, ou laissé lire
  • L’enveloppe, en quasi direct. Une note du FBI, publiée en 2021, compare neuf messageries : WhatsApp est la seule à transmettre aux enquêteurs, sur simple ordonnance, qui écrit à qui et quand, toutes les quinze minutes. WhatsApp l’a confirmé. Signal, dans le même document, ne livre que la date d’inscription et la dernière connexion.
  • Les messages signalés. Quand votre correspondant signale une conversation, les derniers messages partent en clair chez des modérateurs : plus d’un millier, chez un sous-traitant, selon ProPublica en 2021.
  • La sauvegarde. Par défaut, la copie de vos discussions dans iCloud ou Google Drive n’est pas chiffrée de bout en bout : Apple ou Google peuvent la livrer, messages compris. C’est la porte de derrière la plus courante, et le réglage 4 ci-dessous la ferme.
  • Une rumeur à surveiller. En 2026, une action collective a affirmé, sur la foi de lanceurs d’alerte, que des employés pouvaient lire les messages. Une juge l’a rejetée en juillet 2026, faute de détails, en laissant les plaignants la redéposer. Rien n’est prouvé.

Trois réglages, en deux minutes :

  1. Ouvrez Paramètres → Confidentialité → « Vu à et en ligne ». Choisissez Personne ou Mes contacts.
  2. Ouvrez Paramètres → Confidentialité → Avancé, et activez « Protéger l’adresse IP pendant les appels » : vos appels passent par les serveurs de WhatsApp, et votre correspondant ne voit plus votre IP. La qualité peut baisser.
  3. Dans les réglages de votre téléphone, retirez à WhatsApp l’accès aux contacts. Vous verrez des numéros au lieu des noms : c’est à cela que servait l’accès.
  4. Ouvrez Paramètres → Discussions → Sauvegarde → Sauvegarde chiffrée de bout en bout, et choisissez un mot de passe. Notez-le : si vous le perdez, WhatsApp ne pourra pas vous rendre la sauvegarde.

Ces réglages limitent les dégâts ; ils ne changent pas le facteur. Pour que l’enveloppe ne parte plus chez une régie, il faut changer de messagerie : Signal, gratuit, tenu par une fondation sans publicité, qui ne garde presque rien de vous. C’est la salle suivante, le Pigeonnier Discret · Signal, numéro masqué, et le Banquet des Cousins vous aide à y emmener la famille.

Si vous utilisez Telegram. C’est le point le plus mal connu de la Volière : par défaut, Telegram ne chiffre pas de bout en bout. Un seul mode le fait : la conversation secrète, à lancer à la main depuis le profil d’un contact (« Démarrer une conversation secrète »). Elle ne marche qu’à deux, sur un seul appareil, et l’historique ne vous suit pas sur un autre téléphone.

Pourquoi Telegram peut lire le reste, et ce qu'il garde

Les conversations ordinaires (les « cloud chats ») sont stockées sur ses serveurs, chiffrées pendant le trajet et sur le disque, mais Telegram garde les clés : c’est pour cela que vous retrouvez tout votre historique sur un nouveau téléphone. Les groupes et les canaux fonctionnent tous ainsi. La conversation secrète, elle, ne vous suit pas, puisque le serveur ne peut pas la lire.

Côté enveloppe, Telegram peut conserver votre IP, vos appareils et l’historique de vos noms d’utilisateur douze mois au plus, selon sa politique. Depuis fin septembre 2024, celle-ci prévoit de transmettre à la justice l’IP et le numéro d’un suspect, sur décision valide d’un juge ; avant, seulement pour les affaires de terrorisme.

Si vous tenez à Telegram, pour ses canaux d’information par exemple, gardez-le pour lire, et passez en conversation secrète pour ce qui ne regarde que vous et votre interlocuteur.

Pour comparer : ce que Signal livre à la justice

Signal chiffre tout de bout en bout, par défaut, groupes compris. Il publie ses réponses à la justice américaine : la date d’inscription d’un compte et celle de sa dernière connexion, rien d’autre. Dans une affaire du district de Columbia, une demande visait 37 numéros ; Signal a fourni ces deux dates pour 6 comptes.

Étape 3 : prenez un mouchard sur le fait

Au bas d’un article, un bouton « Partager » n’est souvent pas une simple image, mais un morceau de code que le site va chercher chez le réseau social, au moment où la page s’affiche. Il parle avant tout clic.

Ce qu'emporte un bouton « Partager », et ce qu'en a dit la Cour de justice

Pour le livrer, le réseau social reçoit votre adresse IP et l’adresse de la page que vous lisez. Si vous êtes connecté chez lui, il peut aussi recevoir ses cookies (de petits fichiers posés dans votre navigateur pour vous reconnaître), et sait alors qui vous êtes. Tout cela part avant tout clic, que vous ayez un compte ou non. Safari et Firefox bloquent désormais par défaut une partie de ces cookies tiers ; l’IP et l’adresse de la page partent quand même.

La Cour de justice de l’Union européenne l’a constaté en 2019, dans l’affaire Fashion ID : les données des visiteurs d’un site de vêtements partaient vers Facebook dès l’affichage du bouton « J’aime », clic ou pas, compte ou pas.

Des milliers de sites font la même chose à chaque visite. En 2016, des chercheurs ont mesuré le million de sites les plus visités : six sociétés extérieures seulement étaient présentes sur plus de 10 % d’entre eux, dont Google, Facebook et Twitter.

Le château (le site) contient une page de démonstration avec un faux bouton de partage. Il n’appelle que le site lui-même, comme un vrai mouchard appellerait chez lui.

  1. Ouvrez la page de démonstration sur ordinateur : les navigateurs de téléphone n’ont pas les outils nécessaires.
  2. Ouvrez les outils de développement : touche F12 sous Windows et Linux, Cmd + Option + I sur Mac. Sur Safari, cochez d’abord, dans Réglages → Avancé, l’option qui affiche les fonctionnalités pour les développeurs web.
  3. Cliquez sur l’onglet Réseau (Network). Il liste chaque requête que la page envoie : chaque demande adressée à un serveur, un fichier à livrer ou des données à recevoir.
  4. Rechargez la page, sans toucher au bouton. Des lignes apparaissent.
  5. Au-dessus de la liste, cliquez sur le filtre Fetch/XHR (les requêtes envoyées par le code de la page) : il ne reste qu’une ligne, souvent en rouge, car personne ne lui répond. C’est le mouchard. Cliquez dessus et regardez ce qu’elle emporte : l’adresse de la page, l’heure, votre langue.

La parade : un bloqueur de contenu empêche ces boutons de se charger. uBlock Origin le fait (ou uBlock Origin Lite sur Chrome), comme les bloqueurs intégrés à Brave et à Firefox. L’Écurie des Montures · Navigateur, bloqueur, moteur de recherche vous aide à choisir. Le château, lui, n’affiche aucun vrai bouton de réseau social.

Les variantes : sur votre téléphone, et la conversation secrète

Les applications font la même chose que les boutons, avec des « kits de développement » intégrés (des morceaux de code fournis par un réseau social). En 2018, l’association Privacy International a examiné 34 applications Android. Chacune avait été installée entre 10 et 500 millions de fois. Au moins 61 % d’entre elles envoyaient des données à Facebook dès leur ouverture, que l’utilisateur ait un compte Facebook ou non.

  • Variante : Supprimer les applications dont vous n’avez pas besoin

    Effort en plus : quelques minutes

    Ce que vous gagnez : moins de kits qui parlent à l’ouverture

    Ce que vous risquez : rien : vous pourrez les réinstaller

  • Variante : Refuser les accès inutiles (contacts, localisation, micro)

    Effort en plus : quelques minutes

    Ce que vous gagnez : moins de données collectées

    Ce que vous risquez : une fonction peut redemander l’accès

  • Variante : Passer sur Signal, le vrai remède

    Effort en plus : dix minutes, puis convaincre vos proches

    Ce que vous gagnez : la lettre ET presque toute l’enveloppe : Signal ne sait ni qui vous écrivez, ni quand

    Ce que vous risquez : rien de grave : vos proches qui n’y sont pas encore vous écriront ailleurs, le temps de les y emmener (le Banquet des Cousins)

  • Variante : Rester sur Telegram, mais en conversation secrète pour les échanges sensibles

    Effort en plus : une minute par contact

    Ce que vous gagnez : une lettre que Telegram ne peut pas lire

    Ce que vous risquez : perdre l’historique de cette conversation si vous changez de téléphone

Le défi de la taverne

nommer le mode chiffré de Telegram

Choisissez le mode de Telegram chiffré de bout en bout (voir l’étape 2).

Le bonus du donjon

trouver le mouchard

Choisissez dans la Cafetière le nom de la requête du faux bouton, tel que la colonne « Nom » de l’onglet Réseau l’affiche (voir l’étape 3, geste 5).

Ce que vous gagnez

Le verdict

Avec les deux objectifs, vous obtenez l’écusson forgé, la version complète.

Écusson forgé : Lecteur d’enveloppes. Vous savez que le facteur n’a pas besoin d’ouvrir la lettre pour savoir à qui vous écrivez. Le facteur, lui, le savait depuis toujours.

Vous venez d’ouvrir les outils de développement de votre plein gré, pour le plaisir. Dans votre entourage, vous êtes désormais officiellement « le hacker ». Prévoyez la capuche, les lignes vertes sur fond noir et un bureau dont la lumière ne s’allume plus jamais. Non, je plaisante : vous avez lu ce qu’une page envoie, comme on lit l’étiquette d’un pot de confiture.

Avec le seul objectif de taverne, l’écusson reste peint, la version simple. Le donjon vous attend à une touche F12 de distance.

Percolozor, en voix off. J’ai mis des années à comprendre que le bouton « J’aime » m’aimait surtout pour mon adresse IP. J’en garde une méfiance durable envers toute déclaration d’affection en bas de page.

Bloqué ?

La vérification, les sucres et le déca

Voir l'aide de la Cafetière
  • Les sucres : trois indices gratuits, à ouvrir un par un. Un sucre donne une piste, deux la méthode, trois la solution. Votre journal note seulement combien vous en prenez.
  • Le déca : vous lisez la salle sans faire la quête. Vous n'avez pas l'écusson, mais le chemin continue, et vous revenez quand vous voulez.

Comment la Cafetière vérifie, chez vous

Rien de nouveau ne sort de votre navigateur : la requête du faux bouton part vers le site lui-même, comme le chargement de la page.

Le détail de la vérification
  • Objectif de taverne : le site ne contient pas la réponse en clair. Il contient seulement une empreinte, calculée avec PBKDF2 (une fonction de hachage lente, intégrée au navigateur) et un « sel ». Le sel est une valeur aléatoire ajoutée avant le calcul, pour qu’on ne retrouve pas la réponse dans une table toute prête. Votre navigateur passe votre réponse en minuscules et retire les espaces aux extrémités. Puis il la hache de la même façon et compare les deux empreintes. Plusieurs formulations sont acceptées : avec ou sans « Telegram », au singulier ou au pluriel, en français ou en anglais.
  • Objectif de donjon : même mécanisme, avec sa propre empreinte. Si les empreintes concordent, votre navigateur tire le drapeau de votre réponse. La réponse est la même pour tous : le drapeau aussi. L’hébergeur voit passer la requête du faux bouton, comme le chargement de la page, et elle ne lui apprend rien de plus. Le site n’a aucun programme pour la lire.
  • Peut-on tricher ? Oui, et c’est assumé. Le code de la page de démonstration contient le nom de la requête, puisque c’est elle qui l’envoie. Lire ce code est une seconde façon honnête de trouver la réponse : lire le code, c’est aussi lire l’enveloppe.

Les sucres

Un sucre, une piste

Le mouchard parle au chargement de la page, pas au clic. Si vous cliquez sur le bouton en attendant qu’il se passe quelque chose, la requête est déjà partie.

Deux sucres, la méthode

Relisez l’étape 3, gestes 3 et 4 : l’onglet Réseau d’abord, puis le rechargement. Les requêtes parties avant l’ouverture de l’onglet n’y figurent pas. Si la liste est longue, regardez la colonne « Initiateur » : la ligne cherchée a été lancée par le faux bouton.

Trois sucres, la solution
  • L’onglet Réseau est vide : rechargez la page, onglet ouvert.
  • Vous voyez des dizaines de lignes : cliquez sur le filtre « Fetch/XHR ». Il ne reste que la ligne du mouchard.
  • Rien n’apparaît du tout : votre bloqueur a fait taire le faux mouchard, comme prévu. Désactivez-le pour cette page seulement, le temps de l’exercice.

Le déca

La page de démonstration reste ouverte, pour le jour où vous voudrez regarder sous le capot.

Pour comprendre

À lire à votre rythme

La boussole

Par rapport au village (vos applications habituelles), cette salle change surtout ce que vous savez ; le gain de protection arrive à la salle suivante.
Axe Pourquoi
GardeVos conversations restent chez le même opérateur.
JuridictionRien ne change de pays ni de droit.
MonnaiePas un centime en jeu.
DiscrétionQuelques réglages réduisent ce que voient les autres utilisateurs ; une conversation secrète Telegram scelle une lettre que Telegram pouvait lire, mais l’enveloppe reste visible. Surtout, vous savez la lire.
ConfortVous gardez vos applications et vos habitudes.
Prudence (un risque existant réduit)Vous ne prendrez plus Telegram pour un coffre-fort, ni un bouton « Partager » pour une simple image.

Pour situer : un SMS classique ne protège ni le contenu ni l’enveloppe, et votre opérateur en garde la trace. WhatsApp protège au moins le contenu ; Signal, le contenu et presque toute l’enveloppe. Vous êtes probablement déjà au milieu de l’échelle.

Les quatre caméras

Caméra Ce qu’elle voit, comparé au village
du Badaud (le curieux, le voleur) « Vu à » masqué et IP protégée pendant les appels : un inconnu qui a votre numéro en apprend moins sur vos horaires et votre localisation.
du Changeur (la banque) Rien ne change : elle ne voit pas vos messageries.
du Marchand (la plateforme) Accès aux contacts retiré, conversations secrètes, boutons de partage bloqués : Meta, Telegram et les réseaux sociaux voient un peu moins, mais gardent l’essentiel de l’enveloppe.
de l’Intendance (l’administration) Rien ne change : votre opérateur et votre fournisseur d’accès conservent un an vos données de connexion.

Le sergent Firmin, le garde qui surveille les caméras du château : « Votre messagerie chiffre la lettre, mais l’enveloppe passe toujours devant mes écrans. Je ne lis rien, chef, je regarde qui écrit à qui, et ça me suffit pour la semaine. »

Les risques, chiffrés

Trois des quatre risques existent déjà avec vos applications, le profilage WhatsApp en tête ; point de comparaison : ce que savent déjà votre banque et votre supermarché.

Faire cette salle ne vous expose à rien. Le quatrième risque, une perte d’historique, ne vient que si vous ouvrez une conversation secrète Telegram.

Risque En une ligne
1. Le profilage par vos métadonnées WhatsApp Certain : c’est le fonctionnement normal du service. Aucun argent perdu.
2. Une conversation Telegram ordinaire lue par un tiers Faible pour un utilisateur ordinaire. Telegram, lui, détient les clés.
3. Le suivi par les boutons de partage Courant sur les sites qui ne demandent pas votre accord. Aucun argent perdu.
4. Les gestes de cette salle Nul pour les outils de développement. Une perte d’historique pour la conversation secrète.
1. Le profilage par vos métadonnées WhatsApp
  • Possible ? Oui. La collecte et le partage au sein du groupe Meta sont écrits dans la politique de confidentialité.
  • Probable ? Certain : c’est le fonctionnement normal du service, pas un incident. Le contenu de vos messages reste chiffré ; aucune publication sérieuse n’a montré le contraire. Votre sauvegarde, elle, ne l’est pas, sauf si vous l’activez (réglage 4).
  • Coût : un profil commercial plus précis, de la publicité ciblée sur les autres services du groupe, et un carnet de fréquentations livrable à la première ordonnance. Aucun argent perdu.
  • Tendance : stable.
  • Durée : la politique de WhatsApp ne fixe aucune durée pour ces informations d’usage. Elle dit seulement les garder « aussi longtemps que nécessaire » à ses finalités.
  • Comparé au village : votre banque connaît vos achats ligne par ligne, avec le nom du commerçant. WhatsApp connaît vos fréquentations, pas vos dépenses.
2. Une conversation Telegram ordinaire lue par un tiers
  • Possible ? Techniquement oui pour Telegram lui-même, qui détient les clés des conversations ordinaires et des groupes. Pour une autorité, la politique de Telegram prévoit de transmettre l’IP et le numéro sur décision d’un juge. Elle ne mentionne pas la transmission du contenu des messages.
  • Probable ? Faible pour un utilisateur ordinaire, mais aucun chiffre fiable ne le mesure. Le dossier qui a tout changé visait la plateforme. Le 28 août 2024, le parquet de Paris a annoncé la mise en examen de son dirigeant, c’est-à-dire sa mise en cause officielle par un juge. Il lui reprochait notamment de refuser de communiquer les informations nécessaires aux écoutes autorisées par la loi, après une « absence quasi totale de réponse » aux demandes de la justice. La politique a changé un mois plus tard.
  • Coût : la lecture de vos conversations ordinaires par celui qui détient les clés. Aucun argent perdu.
  • Tendance : coopération croissante avec les autorités.
  • Durée : IP et appareils, douze mois au plus. Les messages ordinaires restent sur les serveurs tant que vous ne les supprimez pas.
  • Comparé au village : des cryptographes ont étudié le protocole de Telegram (IEEE S&P 2022, un congrès de sécurité informatique). Ils l’ont jugé solide sous certaines hypothèses et ont décrit quatre attaques, corrigées depuis. Le problème n’est donc pas la serrure : Telegram garde un double des clés, comme le serveur de votre messagerie électronique habituelle.
3. Le suivi par les boutons de partage
  • Possible ? Oui, sur tout site qui charge ces boutons sans attendre votre accord.
  • Probable ? La CNIL exige un accord préalable, mais certains sites chargent encore ces boutons d’office. Aucun chiffre fiable ne mesure leur part en France.
  • Coût : le réseau social ajoute la page à ce qu’il sait de votre navigation. Aucun argent perdu, aucun nom révélé à un tiers.
  • Tendance : en baisse, avec les bloqueurs intégrés aux navigateurs.
  • Durée : selon la politique de chaque réseau social.
  • Comparé au village : une carte de fidélité de supermarché en dit bien plus long sur vos habitudes qu’un bouton « J’aime ». La parade est un bloqueur, gratuit, une minute d’installation.
4. Les gestes de cette salle
  • Possible ? Ouvrir les outils de développement ne modifie rien. Ils sont présents dans tous les navigateurs de bureau. Si vous touchez quelque chose par erreur, rechargez la page.
  • Probable ? Pour la conversation secrète Telegram, la perte d’historique est certaine si vous changez de téléphone.
  • Coût : l’historique de cette seule conversation.
  • Tendance : sans objet.
  • Durée : définitive pour l’historique perdu.
  • Comparé au village : c’est le prix d’une lettre que le facteur ne peut pas photocopier. Il ne peut pas non plus vous en rendre une copie.

Oubliette : la Lettre Chiffrée. Vous croyez qu’un message chiffré cache aussi à qui vous écrivez, et quand. La parade : une messagerie qui collecte moins d’enveloppe.

Basile, le gardien des oubliettes : « Votre lettre reste bien scellée. Pour l’enveloppe, l’échelle mène tout droit au Pigeonnier. »

Ce que dit la loi

En bref : chiffrer vos conversations et bloquer les mouchards ne demandent aucune autorisation. Vos données de connexion, elles, sont conservées un an par votre opérateur, quelle que soit votre messagerie.
La loi en détail : chiffrement, boutons de partage, données de connexion, Chat Control
  • Le chiffrement. « L’utilisation des moyens de cryptologie est libre » : c’est l’article 30 de la loi pour la confiance dans l’économie numérique (2004). Une conversation secrète Telegram, un message Signal ou un bloqueur de publicités ne demandent ni autorisation ni déclaration.
  • Le site qui intègre un bouton de partage en est coresponsable. La Cour de justice de l’Union européenne l’a jugé dans l’affaire Fashion ID (C-40/17, 29 juillet 2019). Le site est responsable, avec le réseau social, de la collecte et de la transmission des données de ses visiteurs.
  • La CNIL range les boutons de partage parmi les traceurs. Un traceur est un petit programme ou fichier qui suit votre navigation. Le site doit vous informer et obtenir votre accord avant de le déposer (article 82 de la loi Informatique et Libertés). La CNIL admet un bouton qui ne se déclenche qu’au clic, l’accord étant demandé à ce moment-là. C’est la version honnête du bouton de partage, et elle ne coûte presque rien aux sites.
  • Vos données de connexion. Les opérateurs téléphoniques et les fournisseurs d’accès les conservent un an (article L. 34-1 du code des postes et des communications électroniques). Le décret n° 2026-920 du 30 septembre 2026 a reconduit cette obligation pour un an, au nom d’une menace grave contre la sécurité nationale. C’est l’enveloppe de vos communications côté réseau.
  • Chat Control. Bruxelles négocie un projet de détection dans les messages privés, dit « Chat Control ». Il est détaillé au Cabinet Noir · Chat Control et la loi. En une phrase : la loi bouge, mais une messagerie dont l’opérateur ne peut rien lire reste une protection qui ne dépend pas de la négociation.

Pour aller plus loin

9 salles pour continuer, dans cette aile et les autres.

Dans la Volière

Dans les autres ailes

Sources

Vérifiées en octobre 2026.

Ma ficheParchemin fermé