Aller au contenu
Bas de Laine

La Tour aux Volets · rez-de-chaussée, côté cour

La Buanderie · Le grand ménage : effacer ses traces

Les vieux habits du web sèchent ici depuis vingt ans : le profil du lycée, l'annuaire, la photo d'un mariage. On les décroche un par un, avec une lettre et un article de loi.

La boussole de la salle5 de liberté sur 15, et les quatre caméras

Chaque axe est noté de 0 à 3 : ce que cette salle change, comparé au village (ce que vous faites déjà), jamais comparé à la perfection.

Ce que vous gagnez en liberté

  • Garde : 1 sur 3, un peu qui tient la chose : vous, ou un tiers.
  • Juridiction : 0 sur 3, rien ne change loin d'un point unique : une banque, un État, un prestataire.
  • Monnaie : 0 sur 3, rien ne change le choix de la monnaie.
  • Discrétion : 2 sur 3, nettement moins vu ; le détail, caméra par caméra, est plus bas.
  • Prudence : 2 sur 3, nettement un risque que vous aviez déjà, réduit.

Les cinq additionnés : 5 de liberté sur 15, pour un effort de 2 sur 5.

Effort
2 sur 5
Liberté
5 de liberté sur 15
Genre de salle
Échauffement : un peu de liberté, peu d'effort

Le prix en confort

Confort : 3 sur 3, aussi simple qu'avant 3 : aussi simple qu'aujourd'hui ; 0 : nettement plus pénible.

Le confort ne compte pas dans la liberté : il dit ce que le geste vous coûte en simplicité. Trois tasses pleines, et vous ne sentez presque rien.

Les quatre caméras

Une caméra par observateur. Leur pose dit ce que chacune voit encore de vous, comparé au village (ce que vous faites déjà).

  • Badaud (le curieux, le voleur)

    ne voit plus rien : ne voit plus rien de ce geste, gain de discrétion 3 sur 3

  • Changeur (la banque)

    comme au village : vous voit comme au village, gain de discrétion 0 sur 3

  • Marchand (la plateforme)

    nettement moins : vous voit nettement moins, gain de discrétion 2 sur 3

  • Intendance (l'administration)

    comme au village : vous voit comme au village, gain de discrétion 0 sur 3

À gagner Voici les caméras une fois l'objectif de donjon accompli. Avant le geste, toutes vous regardent, comme au village.

Les caméras du Changeur (la banque) et de l'Intendance (l'administration) vous voient toujours ici, et c'est normal : cette salle ne s'occupe pas d'elles.

Quête Faire place nette

  • Le défi de la taverneparchemin fermé

    Pour huit traces de Partageot, choisissez le bon geste : le supprimer soi-même, écrire au site, demander le déréférencement à Google, demander le retrait à PimEyes, ou rien, parce que la loi oblige à garder.

    Il rapporte l'écusson « Plumeau réglementaire » peint, et 20 liards.

    Le geste en détail
  • Le bonus du donjonparchemin fermé

    Préparez dans la Cafetière une demande d'effacement sur le modèle de la CNIL, envoyez-la vous-même au site, puis déclarez-la envoyée. La Cafetière vous rappelle le délai d'un mois.

    Il rapporte l'écusson « Plumeau réglementaire » forgé, et 40 liards.

    Le geste en détail

Les deux objectifs sont indépendants. La Cafetière vérifie votre preuve dans votre navigateur, puis inscrit votre drapeau dans votre parchemin. Effort : 2 sur 5. Liberté gagnée : 5 sur 15.

Pas encore de parchemin ? Levez la Herse : deux minutes, un crayon. Vous en avez un ?Décachetez-le à la Herse pour voir où vous en êtes.

L’essentiel en cinq lignes

  1. Où vous êtes : dans la Buanderie, une salle de la Tour aux Volets : l’aile du château (du site) consacrée à la vie privée.
  2. Ce que vous apprenez : faire effacer vos vieilles traces en ligne, avec des droits que la loi vous donne déjà.
  3. Ce que vous faites : vous listez vos traces, vous fermez vos vieux comptes et vous envoyez une demande d’effacement.
  4. Ce qu’il vous faut : votre boîte email et le modèle de courrier gratuit de la CNIL. Aucun argent. Durée : une heure, puis un mois d’attente.
  5. Ce que vous y gagnez : quand quelqu’un tape votre nom, il trouve ce que vous avez choisi de laisser.

Pourquoi cette salle, et l'histoire

Comment faire disparaître ce que vous avez semé en ligne depuis vingt ans, sans payer personne et sans y passer vos soirées ?

Les autres salles de la Tour aux Volets règlent l’avenir : de nouveaux mots de passe, de nouvelles adresses, de nouvelles tenues. Celle-ci s’occupe du passé : le profil ouvert au lycée, le forum oublié, l’annuaire qui affiche votre adresse, la photo d’un mariage où un moteur de recherche reconnaît votre visage.

Vous saurez trouver ces traces, fermer ce qui vous appartient, et faire fermer le reste par écrit, avec un article de loi en tête de la lettre. Vous saurez aussi ce qui ne s’efface pas, et pourquoi.

Percolozor, en voix off. J’ai fait ce ménage avant d’ouvrir ce château. Il restait en ligne la notice d’une cafetière où je posais de profil, mon meilleur angle : je l’ai fait effacer quand même.

L’histoire

Partageot, l’écuyer de votre compagnie, n’a rien à cacher. Il le dit à chaque repas de famille : ceux qui se plaignent de la surveillance ont forcément quelque chose à se reprocher. Il a aussi des rideaux, une porte qui ferme à clé et un code sur son téléphone, mais il n’a jamais fait le rapprochement. Partageot est un cas fictif ; chaque détail de son histoire, lui, arrive tous les jours.

Un dimanche, pour rire, un cousin tape son nom dans un moteur de recherche. Premier résultat : un blog ouvert en 2004, quand Partageot avait quinze ans. Une photo en tee-shirt de tuning, le nom du lycée, la ville, et une adresse email qu’il utilise encore. Deuxième résultat : un annuaire en ligne, avec son adresse et son ancien numéro de téléphone. Un autre cousin, plus technique, essaie un moteur de recherche par visage (on lui donne une photo, il trouve les autres photos de la même personne) : Partageot apparaît au fond d’une photo de mariage, sur le site d’un photographe qu’il n’a jamais rencontré.

Rien de honteux. Rien de choisi non plus.

Le lundi, Partageot fait trois choses. Il écrit au service de blogs, avec le modèle de courrier de la CNIL (la Commission nationale de l’informatique et des libertés, l’autorité française des données personnelles) : les données ont été collectées quand il était mineur, ce qui suffit à demander leur effacement. Il remplit le formulaire de déréférencement de Google pour la page de l’annuaire. Il demande son retrait au moteur de recherche par visage, gratuitement.

Un mois plus tard, le blog a disparu. La page de l’annuaire ne sort plus quand on tape son nom sur les versions européennes de Google. Elle sort encore depuis un autre continent, et Partageot l’a accepté : la loi européenne s’arrête aux frontières de l’Europe.

Partageot, l’écuyer de votre compagnie, qui prévient toujours tout le monde : « Je n’ai toujours rien à cacher. Mais je préfère choisir moi-même ce que je montre, et le tee-shirt de tuning n’en fait plus partie. »

Ce que vous faites

La recette

Six étapes, dans l’ordre : on cherche, on ferme soi-même ce qu’on peut, on fait fermer le reste par écrit.

Étape 1 : faites l’inventaire de vos traces

Comptez vingt minutes, avec une feuille ou une note.

  1. Tapez votre nom et votre prénom entre guillemets dans deux moteurs de recherche. Ajoutez votre ville, puis un ancien pseudo.
  2. Regardez aussi l’onglet Images.
  3. Ouvrez votre gestionnaire de mots de passe : sa liste de comptes est la liste de vos inscriptions.
  4. Cherchez « bienvenue » et « confirmez votre inscription » dans votre boîte email.
  5. Notez chaque trace sur une ligne : l’adresse de la page, et qui la publie.
Les fuites : une liste de comptes que vous aviez oubliés

Le service Have I Been Pwned liste les fuites où apparaît votre adresse email. Chaque fuite nomme un site : c’est souvent un compte oublié depuis des années. La façon de l’utiliser est expliquée dans La Salle des Cent Boîtes · Emails et alias et L’Atelier du Serrurier · Les mots de passe, enfin réglés.

Étape 2 : supprimez vous-même ce que vous pouvez

C’est le plus rapide : un compte que vous ouvrez encore se ferme en quelques minutes.

  1. Connectez-vous au compte.
  2. Téléchargez vos données si vous voulez les garder (photos, messages).
  3. Cherchez « Supprimer le compte » dans les réglages. Supprimer, pas « désactiver » ni « mettre en pause » : un compte désactivé garde tout.
  4. Notez la date. Chez Facebook, la suppression s’annule si vous vous reconnectez dans les 30 jours.

Étape 3 : écrivez aux sites qui ne vous laissent pas faire

Un site qui publie vos données, ou un compte dont vous avez perdu l’accès : une lettre suffit. Comptez dix minutes par lettre.

  1. Ouvrez le modèle de courrier de la CNIL : « Supprimer des données personnelles », ou « Clôturer un compte en ligne ».
  2. Remplissez-le en ligne. La CNIL dit ne rien garder de ce que vous saisissez.
  3. Envoyez la lettre par le formulaire de contact du site, ou à l’adresse « données personnelles » de sa politique de confidentialité.
  4. Gardez une preuve : une capture d’écran, ou l’accusé de réception.
  5. Notez la date. Le site a un mois pour répondre.
Ce que vous pouvez demander, et ce qu'on peut vous refuser

Le droit à l’effacement vient de l’article 17 du RGPD (le règlement européen sur la protection des données). Vous pouvez l’invoquer si les données ne servent plus, si vous retirez votre accord, si le site les traite sans base légale, ou si elles ont été collectées quand vous étiez mineur. La demande est gratuite. Le délai d’un mois peut passer à trois si la demande est complexe : le site doit alors vous le dire, et pourquoi.

On peut vous refuser l’effacement pour cinq raisons : la liberté d’information (un article de presse), une obligation légale (une facture, que l’entreprise doit garder dix ans), la santé publique, l’archivage ou la recherche, et la défense en justice.

Un site peut vous demander de prouver votre identité s’il a un doute raisonnable. Il ne peut pas l’exiger par principe.

Les courtiers en données : l'annuaire qui connaît votre adresse

Un courtier en données est une entreprise qui collecte des coordonnées, puis les revend ou les publie : annuaires en ligne, fichiers de prospection. Le modèle de la CNIL « Demander l’origine, une copie et la suppression de ses données » est fait pour eux : il demande aussi d’où viennent vos données, ce qui mène au courtier suivant. Pour la publicité, le droit d’opposition est absolu : on n’a pas à se justifier.

Étape 4 : demandez à Google de ne plus relier la page à votre nom

Quand le site ne répond pas, ou qu’il a le droit de garder la page, il reste le déréférencement : Google retire le lien des résultats d’une recherche sur votre nom. La page reste en ligne ; elle ne sort plus quand on tape votre nom.

  1. Ouvrez le formulaire de Google « Suppression d’informations personnelles au titre de la législation européenne ».
  2. Donnez l’adresse exacte de chaque page, la recherche concernée (votre nom), et en une ou deux phrases pourquoi l’information n’a plus lieu d’être.
  3. Gardez le courriel de confirmation.
Comment Google décide, et pourquoi l'Europe seulement

Des employés de Google pèsent votre demande contre l’intérêt du public. Ils regardent votre rôle dans la vie publique, la source (un site officiel ou un journal pèse plus lourd), l’âge de l’information et son caractère sensible (santé, religion, orientation sexuelle). Aucun critère ne décide seul.

Le 24 septembre 2019, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que Google doit déréférencer sur ses versions européennes, et décourager l’accès depuis l’Europe aux autres versions, mais pas sur le monde entier. Depuis un autre continent, la page peut donc sortir encore.

Pour vos seules coordonnées (adresse, numéro, email), Google propose aussi l’outil « Résultats vous concernant ». Il demande un compte Google, et Google ne l’annonce que « sur certains marchés ».

Étape 5 : retirez votre visage des moteurs de recherche par visage

PimEyes est un moteur de recherche par visage : on lui donne une photo, il trouve les autres photos de la même personne sur le web.

  1. Ouvrez son formulaire de retrait (« Opt-out request form »). Il est gratuit.
  2. Donnez une photo nette de votre visage, une pièce d’identité où vous masquez tout sauf la photo et le nom, et une adresse email.
  3. Recommencez avec une autre photo quelques semaines plus tard : PimEyes écrit lui-même qu’un retrait peut manquer des photos.

Étape 6 : sans réponse après un mois, saisissez la CNIL

  1. Ouvrez la page « Adresser une plainte » du site de la CNIL.
  2. Joignez votre lettre, sa date et la preuve d’envoi.
  3. Gardez vos originaux.

La plainte est gratuite. La CNIL promet un point d’étape dans les trois mois.

Les variantes : un service payant, les archives du web, les comptes Google endormis
  • Variante : Un service payant de nettoyage (Incogni, DeleteMe)

    Effort en plus : faible : un abonnement

    Ce que vous gagnez : des relances automatiques auprès de centaines de courtiers, surtout américains

    Ce que vous risquez : vous lui confiez votre nom, votre adresse, votre email et votre date de naissance, et un mandat pour agir en votre nom

  • Variante : Les archives du web (la Wayback Machine d’Internet Archive)

    Effort en plus : une demande par email

    Ce que vous gagnez : le retrait d’une page archivée de votre ancien site

    Ce que vous risquez : aucune garantie : l’archive le dit elle-même

  • Variante : Laisser mourir un vieux compte Google

    Effort en plus : aucun

    Ce que vous gagnez : Google supprime les comptes personnels inutilisés depuis deux ans

    Ce que vous risquez : une seule connexion le réveille ; une suppression choisie vaut mieux qu’un oubli

Le défi de la taverne

choisissez le bon balai

La Cafetière liste huit traces de Partageot. Pour chacune, choisissez dans le menu le bon geste : « Je supprime moi-même », « Une lettre au site », « Le déréférencement chez Google », « Le retrait chez PimEyes » ou « Rien à faire : la loi oblige à garder ». Puis validez.

Le bonus du donjon

envoyez une vraie demande d'effacement

  1. Choisissez une trace de votre inventaire (étape 1) que vous ne pouvez pas supprimer vous-même.
  2. Dans la Cafetière, cochez votre cas, puis saisissez le nom du site. La Cafetière prépare la lettre sur le modèle de la CNIL, dans la page.
  3. Envoyez-la vous-même, comme à l’étape 3.
  4. Revenez cocher « Envoyée ». La Cafetière note la date, et vous rappelle le délai d’un mois.
  5. Un mois plus tard, rouvrez cette quête : la Cafetière vous demande la suite.

Ce que vous gagnez

Le verdict

Écusson forgé : Plumeau réglementaire. Vous avez envoyé une lettre polie, article de loi en tête, à quelqu’un qui gardait vos affaires sans vous demander votre avis. Vous voilà effaceur de traces, métier qu’on imagine en imperméable et lunettes noires, avec un nom de code. Non : vous avez fait ce que faisait déjà votre grand-mère avec les démarcheurs, et vous avez gagné.

L’Intendance, elle, tient ses registres depuis 1539 et n’a jamais rien effacé. Elle appelle ça la mémoire ; chez vous, on appelle ça du rangement.

Percolozor, en voix off. Rendez-vous dans un mois. Si le site n’a pas répondu, la CNIL adore recevoir du courrier, et c’est réciproque.

Bloqué ?

La vérification, les sucres et le déca

Voir l'aide de la Cafetière
  • Les sucres : trois indices gratuits, à ouvrir un par un. Un sucre donne une piste, deux la méthode, trois la solution. Votre journal note seulement combien vous en prenez.
  • Le déca : vous lisez la salle sans faire la quête. Vous n'avez pas l'écusson, mais le chemin continue, et vous revenez quand vous voulez.

Comment la Cafetière vérifie, chez vous

Rien ne sort de votre navigateur : ni le nom du site, ni la lettre.

Le détail de la vérification
  • Objectif de taverne : votre navigateur compare vos huit réponses à celles de la salle. Si une réponse est fausse, la Cafetière donne le numéro des traces à revoir, sans donner la bonne case.
  • Objectif de donjon : la Cafetière ne peut pas voir votre courrier partir : c’est une déclaration. Votre parchemin note « demande envoyée » et la date, jamais le nom du site. Quand vous rouvrez la quête, un mois plus tard, la Cafetière vous demande la suite, en trois choix : « effacé », « refusé », « pas de réponse ». Au dernier, elle vous montre l’étape 6.
  • Peut-on tricher ? Oui : il suffit de cocher sans écrire. Vous aurez alors un écusson et un vieux compte, ce qui est un mauvais échange.

Les sucres

Un sucre, une piste
  • Le bon balai : demandez-vous d’abord si Partageot peut encore se connecter. Ensuite, si une loi oblige quelqu’un à garder la donnée.
  • La lettre : tout est dans l’étape 3.
Deux sucres, la méthode
  • Le bon balai : la lettre sert quand le site détient la donnée et que Partageot n’a pas la main. Google sert quand la page doit rester en ligne, mais pas sous son nom. PimEyes ne sert qu’aux visages.
  • La lettre : vous ne trouvez pas d’adresse ? Cherchez « données personnelles », « DPO » ou « confidentialité » en bas de page du site.
Trois sucres, la solution
  • Le bon balai : « Je supprime moi-même » pour le forum dont il a le mot de passe et pour le compte Facebook. « Une lettre au site » pour le blog de 2004 et pour la société qui lui envoie des publicités. « Le déréférencement chez Google » pour le site étranger qui ne répond jamais. « Le retrait chez PimEyes » pour la photo de mariage. « Rien à faire » pour les factures d’électricité et pour la pièce d’identité gardée par la plateforme d’achat de bitcoins.
  • La lettre : aucun vieux compte ? Prenez un annuaire en ligne qui affiche votre adresse. Chacun en a au moins un.

Pour comprendre

À lire à votre rythme

La boussole

Par rapport à des traces laissées en l’état depuis des années, vous gagnez surtout en discrétion face au curieux, et en prudence : moins de matière pour l’hameçonnage.
Axe Pourquoi
GardeVous décidez de nouveau de ce qui reste attaché à votre nom.
JuridictionRien ne change de pays. Votre droit, lui, est européen, et s’arrête à ses frontières.
MonnaieAucun centime en jeu.
DiscrétionCe qu’un curieux trouve en tapant votre nom diminue, page après page.
ConfortUne heure, une fois ; ensuite, rien ne change dans vos habitudes.
Prudence (un risque existant réduit)Un vieux compte fermé ne fuitera plus, et un faux message n’a plus votre adresse de 2004 pour vous imiter.

Maître Brodolf, le nain guichetier qui connaît tous les formulaires : « L’article 17 vous donne un mois de réponse, et une plainte gratuite si le mois passe. C’est le seul formulaire du royaume où c’est l’administré qui fixe le délai, et je ne m’en remets pas. »

Les quatre caméras

Caméra Ce qu’elle voit, comparé au village
du Badaud (le curieux, le voleur) La cible de la salle : le vieux profil, l’annuaire et la photo de mariage ne sortent plus quand il tape votre nom, en Europe.
du Changeur (la banque) Rien ne change. Votre banque garde vos données par obligation légale, et cette salle n’y touche pas.
du Marchand (la plateforme) Les comptes fermés ne collectent plus rien. Les plateformes que vous gardez voient tout, comme avant.
de l’Intendance (l’administration) Rien ne change : l’effacement ne vise pas les registres officiels, et ne retire rien à une enquête.

Les risques, chiffrés

Ménager ses traces réduit trois risques qui existent déjà et en crée trois petits ; le plus probable est simplement qu’un site ne réponde pas.
Risque En une ligne
1. Une vieille trace retrouvée par un curieux Gratuit et immédiat pour lui ; c’est le risque de départ.
2. Un site qui refuse ou ne répond pas Courant ; la plainte à la CNIL est gratuite.
3. Une trace qui survit ailleurs Copies, captures, archives : l’effacement ne les atteint pas toutes.
4. Confier ses données à un service de nettoyage Vous donnez à un tiers la liste exacte de ce que vous voulez cacher.
5. Donner son visage pour le retirer Une photo et une pièce masquée, gardées 96 heures au plus selon PimEyes.
6. Supprimer un compte dont vous aviez besoin Définitif après le délai de grâce.
1. Une vieille trace retrouvée par un curieux
  • Possible ? Oui : il suffit de taper votre nom.
  • Probable ? Aucun chiffre fiable. Les moteurs de recherche gardent en tête les pages anciennes qui ont reçu des liens.
  • Coût : une gêne, rarement plus. Une vieille adresse email et une ville suffisent pourtant à écrire un faux message crédible.
  • Tendance : en hausse : les moteurs de recherche par visage relient désormais des photos sans nom.
  • Durée : tant que la page existe et que le moteur l’indexe.
  • Comparé au village : c’est le village. Ne rien faire, c’est garder ce risque tel quel.
2. Un site qui refuse ou ne répond pas
  • Possible ? Oui, surtout pour un petit site, ou un site hors d’Europe.
  • Probable ? Assez pour que la CNIL ait reçu 20 150 plaintes en 2025, un record. Google publie la part des adresses qu’il accepte de déréférencer dans son rapport de transparence.
  • Coût : du temps. La plainte est gratuite.
  • Tendance : stable.
  • Durée : un mois pour la réponse du site, puis un point d’étape de la CNIL dans les trois mois.
  • Comparé au village : sans lettre, personne n’efface rien.
3. Une trace qui survit ailleurs
  • Possible ? Oui : une capture d’écran, une copie sur un autre site, une archive du web.
  • Probable ? Faible pour un vieux profil sans intérêt pour personne ; plus élevé pour une page qui a beaucoup circulé.
  • Coût : la trace reste, mais devient plus difficile à trouver.
  • Tendance : stable.
  • Durée : indéfinie. Le site qui efface doit prévenir ceux à qui il a transmis vos données, pas le reste du web.
  • Comparé au village : la page d’origine, au moins, ne sort plus.
4. Confier ses données à un service de nettoyage
  • Possible ? Oui, c’est le principe : Incogni demande votre nom, votre adresse, votre email et votre date de naissance, et un mandat signé pour écrire en votre nom.
  • Probable ? Une fuite chez ce service n’est pas plus probable qu’ailleurs, mais elle contiendrait exactement la liste de vos traces.
  • Coût : l’abonnement (7,99 dollars par mois chez Incogni, par an, relevé le 28 octobre 2026), plus ce risque.
  • Tendance : stable.
  • Durée : tant que vous êtes abonné, et après, selon la politique du service.
  • Comparé au village : les lettres de l’étape 3 font le même travail pour les sites qui comptent, sans intermédiaire.
5. Donner son visage pour le retirer
  • Possible ? Oui : le formulaire de PimEyes demande une photo de votre visage et une pièce d’identité masquée.
  • Probable ? PimEyes écrit garder ces données 96 heures au plus. Sa société est établie à Dubaï, et sa politique prévoit des transferts hors d’Europe, notamment au Belize.
  • Coût : une photo de vous, qu’il a probablement déjà.
  • Tendance : stable.
  • Durée : 96 heures selon sa politique ; le retrait, lui, peut ne pas être définitif.
  • Comparé au village : sans retrait, n’importe qui peut chercher votre visage.
6. Supprimer un compte dont vous aviez besoin
  • Possible ? Oui. C’est le seul risque vraiment nouveau.
  • Probable ? Faible si vous téléchargez vos données avant (étape 2).
  • Coût : des photos, des messages, un historique d’achats.
  • Tendance : stable.
  • Durée : définitive après le délai de grâce (30 jours chez Facebook ; jusqu’à 90 jours pour effacer tout le contenu publié).
  • Comparé au village : un compte gardé « au cas où » reste une fuite possible.

Oubliette : le Compte qui Fait le Mort. Vous désactivez un compte en croyant l’avoir supprimé : il disparaît de la vue, mais garde vos photos et vos messages, et se réveille à la première connexion. La parade : choisir « Supprimer le compte », et noter la fin du délai de grâce.

Basile, le gardien des oubliettes : « Rien n’est perdu, il suffit de recommencer avec le bon bouton. J’en ai un plein cachot, de ces comptes qui font le mort, et ils ronflent tous. »

Ce que dit la loi

En bref : le RGPD vous donne le droit de faire effacer vos données dans un délai d’un mois, gratuitement, et de saisir la CNIL si l’on ne vous répond pas ; Google doit déréférencer en Europe, pas ailleurs.
La loi en détail : l'effacement, le délai, les mineurs, le déréférencement, la plainte
  • Le droit à l’effacement. L’article 17 du RGPD donne six motifs : les données ne servent plus, vous retirez votre accord, vous vous opposez au traitement, le site les traite sans base légale, une loi impose l’effacement, ou les données ont été collectées en ligne quand vous étiez mineur. Il prévoit cinq exceptions : la liberté d’expression et d’information, une obligation légale, la santé publique, l’archivage et la recherche, la défense en justice.
  • Le délai. L’article 12 fixe un mois, prolongeable de deux mois si la demande est complexe ou si les demandes sont nombreuses, à condition de vous en informer dans le premier mois. La demande est gratuite. Un doute raisonnable sur votre identité autorise le site à vous demander une information de plus.
  • Les données publiées. Un site qui doit effacer des données qu’il a rendues publiques doit prendre des mesures raisonnables pour prévenir ceux qui les reprennent (article 17, paragraphe 2).
  • Les mineurs. L’article 17 fait un motif à part entière des données collectées en ligne quand vous étiez mineur (paragraphe 1, point f). La CNIL le rappelle dans sa page sur le droit à l’effacement.
  • La prospection. Le droit de s’opposer à la publicité (article 21) est absolu : vous n’avez pas à le justifier.
  • Le déréférencement. La Cour de justice de l’Union européenne a reconnu ce droit le 13 mai 2014 (affaire C-131/12). Le 24 septembre 2019 (affaire C-507/17), elle l’a limité aux versions européennes du moteur, avec l’obligation de décourager l’accès aux autres depuis l’Europe.
  • La plainte. L’article 77 du RGPD vous permet de saisir l’autorité de contrôle, la CNIL en France. Elle peut mettre en demeure et sanctionner, mais pas exercer vos droits à votre place ni vous indemniser.
  • Ce qui ne s’efface pas. Une entreprise garde une facture dix ans. Une plateforme d’achat de cryptomonnaies garde vos documents d’identité cinq ans après la fin de la relation, au titre de la lutte contre le blanchiment.

Pour aller plus loin

4 salles pour continuer, dans cette aile et les autres.

Dans la Tour aux Volets

Dans l’Aile du Trésor

Sources

Vérifiées en octobre 2026.

Ma ficheParchemin fermé