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Bas de Laine

L'Aile du Trésor · sous-sol profond

La Salle des Coffres · Garder ses clés (et les transmettre)

La garde maximale, hors du souffle du dragon. Une vieille dragonne y dort sur son tas. Au fond, un pupitre et une plume : la lettre pour ceux qui ouvriront le coffre après vous.

La boussole de la salle9 de liberté sur 15, et les quatre caméras

Chaque axe est noté de 0 à 3 : ce que cette salle change, comparé au village (ce que vous faites déjà), jamais comparé à la perfection.

Ce que vous gagnez en liberté

  • Garde : 3 sur 3, changement net qui tient la chose : vous, ou un tiers.
  • Juridiction : 1 sur 3, un peu loin d'un point unique : une banque, un État, un prestataire.
  • Monnaie : 0 sur 3, rien ne change le choix de la monnaie.
  • Discrétion : 2 sur 3, nettement moins vu ; le détail, caméra par caméra, est plus bas.
  • Prudence : 3 sur 3, changement net un risque que vous aviez déjà, réduit.

Les cinq additionnés : 9 de liberté sur 15, pour un effort de 3 sur 5.

Effort
3 sur 5
Liberté
9 de liberté sur 15
Genre de salle
Chantier : beaucoup de liberté, un vrai effort

Le prix en confort

Confort : 1 sur 3, plus pénible 3 : aussi simple qu'aujourd'hui ; 0 : nettement plus pénible.

Le confort ne compte pas dans la liberté : il dit ce que le geste vous coûte en simplicité. Trois tasses pleines, et vous ne sentez presque rien.

Les quatre caméras

Une caméra par observateur. Leur pose dit ce que chacune voit encore de vous, comparé au village (ce que vous faites déjà).

  • Badaud (le curieux, le voleur)

    ne voit plus rien : ne voit plus rien de ce geste, gain de discrétion 3 sur 3

  • Changeur (la banque)

    comme au village : vous voit comme au village, gain de discrétion 0 sur 3

  • Marchand (la plateforme)

    un peu moins : vous voit un peu moins, gain de discrétion 1 sur 3

  • Intendance (l'administration)

    comme au village : vous voit comme au village, gain de discrétion 0 sur 3

À gagner Voici les caméras une fois l'objectif de donjon accompli. Avant le geste, toutes vous regardent, comme au village.

Les caméras du Changeur (la banque) et de l'Intendance (l'administration) vous voient toujours ici, et c'est normal : cette salle ne s'occupe pas d'elles.

Quête Le coffre et la lettre

  • Le défi de la taverneparchemin fermé

    Passez le test du cambrioleur : trois lieux (la phrase, la passphrase, l'appareil) et deux questions pièges. Puis rédigez votre lettre de transmission hors ligne. N'y écrivez pas vos mots, et ne la confiez pas à un service en ligne.

    Il rapporte l'écusson « Gardien du crayon » peint, et 30 liards.

    Le geste en détail
  • Le bonus du donjonparchemin fermé

    Effacez puis restaurez votre portefeuille à partir de sa phrase, et signez un nouveau message avec l'adresse de la Chambrée.

    Il rapporte l'écusson « Gardien du crayon » forgé, et 60 liards. Il compte pour le rang 5, Châtelain de cave voûtée, avec 1000 liards en tout.

    Le geste en détail

Les deux objectifs sont indépendants. La Cafetière vérifie votre preuve dans votre navigateur, puis inscrit votre drapeau dans votre parchemin. Effort : 3 sur 5. Liberté gagnée : 9 sur 15.

Pas encore de parchemin ? Levez la Herse : deux minutes, un crayon. Vous en avez un ?Décachetez-le à la Herse pour voir où vous en êtes.

L’essentiel en cinq lignes

  1. Où vous êtes : à la Salle des Coffres, au sous-sol de l’Aile du Trésor (la partie du site sur la monnaie).
  2. Ce que vous apprenez : ranger la phrase de récupération de votre portefeuille selon la somme en jeu, et la transmettre.
  3. Ce que vous faites : vous restaurez votre portefeuille depuis votre papier, puis écrivez une lettre à vos proches, sans les mots.
  4. Ce qu’il vous faut : le portefeuille créé à la Chambrée, un papier, un crayon. Durée : une à deux heures.
  5. Ce que vous y gagnez : une épargne qui survit à la perte du téléphone, au cambrioleur et à vous-même.

Pourquoi cette salle, et l'histoire

Comment ranger, tester et transmettre vos douze mots, sans doute le seul objet qui sépare votre argent du néant ?

Trois questions :

  1. Où ranger la phrase, selon la somme en jeu.
  2. Comment prouver que la sauvegarde marche, avant d’en avoir besoin. Aucun guichet ne restaurera vos fonds à votre place.
  3. Comment transmettre, sans que la lettre serve à un voleur.

Avant cette salle, vous utilisez une monnaie que personne ne peut confisquer ; après, vous la tenez, et elle vous survit.

L’histoire

Cas fictif.

Paul a cinquante-huit ans et un peu d’épargne en bitcoin. Il a tout fait comme il faut : un portefeuille sur son téléphone, douze mots au crayon sur une fiche bristol, la fiche dans le classeur des factures d’eau. Personne ne vole les factures d’eau.

Un dimanche, sa fille lui demande : « Et si ton téléphone tombe dans le lac ? » Paul répond qu’il a la fiche. Elle insiste : « Tu l’as déjà essayée, ta fiche ? »

Il ne l’a jamais essayée. Sur la vieille tablette du salon, il installe un second portefeuille, choisit « Restaurer » et tape ses douze mots. Le portefeuille s’ouvre sans broncher. Solde : zéro.

Après dix minutes très désagréables, Paul relit sa fiche à la lumière de la fenêtre. Le septième mot, écrit vite un soir de fatigue, il l’a lu clay ; c’était claw. Les deux figurent dans la liste officielle de 2 048 mots : Paul avait tapé une phrase valide, qui ouvrait un autre portefeuille, vide.

Il corrige : le solde apparaît, et la première adresse de réception est celle de son téléphone. Paul recopie la fiche en capitales, en fait une seconde, et la porte chez sa sœur.

Découverte le jour où le téléphone est au fond du lac, l’erreur lui aurait tout coûté. Cette salle sert à cela : faire l’erreur un dimanche, fonds intacts.

Dame Escarbille, la dragonne qui garde son or elle-même : « Les archéologues déterrent encore des trésors que personne n’est jamais revenu chercher. Je garde mon or depuis six siècles, et ma nièce sait où est le plan. »

Ce que vous faites

La recette

La recette a sept étapes. À la fin, votre phrase est rangée en deux lieux, sa restauration testée, et une lettre attend vos proches.

Étape 1 : choisissez votre niveau selon la somme

Pour la plupart, il suffit de deux papiers, deux lieux, une restauration testée.

Les quatre niveaux, selon la somme
  • Ce qui est en jeu : L’argent de poche

    Rangement de la phrase : Un papier, chez vous

    Portefeuille : Téléphone

    Effort (1 à 5) : 1

  • Ce qui est en jeu : Quelques semaines de salaire

    Rangement de la phrase : Deux papiers, deux lieux

    Portefeuille : Téléphone

    Effort (1 à 5) : 2

  • Ce qui est en jeu : Une perte qui vous ferait mal

    Rangement de la phrase : Plaque de métal et papier, deux lieux

    Portefeuille : Portefeuille matériel

    Effort (1 à 5) : 3

  • Ce qui est en jeu : Un enjeu pour vos héritiers

    Rangement de la phrase : Plaque de métal et passphrase à part

    Portefeuille : Portefeuille matériel

    Effort (1 à 5) : 4

Le portefeuille matériel (un petit boîtier qui garde la clé) est à l’étape 5 ; la passphrase (un mot secret ajouté à la phrase), à l’étape 6.

Étape 2 : écrivez la phrase correctement

La phrase de récupération compte 12 ou 24 mots, tirés d’une liste officielle de 2 048 mots anglais, appelée BIP-39.

  1. Écrivez au crayon ou au stylo à bille, en capitales, sur un papier épais : ni feutre, ni encre effaçable.
  2. Numérotez les mots, de 1 à 12 ou de 1 à 24 : l’ordre compte.
  3. Soignez au moins les quatre premières lettres de chaque mot : dans la liste BIP-39, elles suffisent à le reconnaître.
  4. Notez à côté le nom du portefeuille et le type d’adresse (les premiers caractères de vos adresses), par exemple « BlueWallet, bc1q ».
  5. Ne la mettez jamais sur un écran : ni photo, ni stockage en ligne, ni courriel, ni note. Ne la tapez que dans le portefeuille qui la restaure.
Chercher un mot sans écran

Un fichier se copie sans bruit, un papier non. Pas de gestionnaire de mots de passe, de moteur de recherche, de tableur, de traducteur ni de site « utile ». Pour retrouver le numéro d’un mot, imprimez la liste officielle et cherchez à la main.

Les variantes : votre appareil affiche 20 mots

C’est une autre norme, SLIP-39. Certains portefeuilles matériels récents l’utilisent par défaut, comme les Trezor Safe 3, Safe 5 et Safe 7. Sa liste compte 1 024 mots, différents de ceux de BIP-39 : les numéros de la liste BIP-39 ne s’y appliquent pas. Les quatre premières lettres suffisent là aussi.

Étape 3 : rangez la phrase en deux lieux

Un seul exemplaire disparaît avec la maison (incendie, dégât des eaux, déménagement).

  1. Faites un second exemplaire, complet. Ne coupez pas la phrase en deux moitiés : qui en perd une perd tout.
  2. Rangez-le chez un proche de confiance, dans une enveloppe fermée et signée sur le rabat, dans un coffre bancaire, ou dans un endroit à vous, ailleurs.
Les deux lieux, en détail
  • La signature sur le rabat vous dit si l’on a ouvert l’enveloppe.
  • La banque sait que vous louez un coffre, pas ce qu’il contient.
  • Qui trouve une moitié a fait la moitié du chemin. Pour qu’aucun lieu ne suffise seul, voyez Shamir (la sauvegarde découpée en parts), dans les variantes de l’étape 6.

Étape 4 : testez la restauration

Presque personne ne la fait, et c’est elle qui transforme un papier en sauvegarde. La voie sûre : restaurez ailleurs, sans rien effacer.

  1. Prenez un second appareil (vieux téléphone, tablette) ou une seconde application de portefeuille.
  2. Choisissez « Restaurer », et tapez la phrase en la lisant sur votre papier, pas de mémoire.
  3. Comparez la première adresse de réception avec celle d’origine : identique, au caractère près.
  4. Si elle diffère, vérifiez d’abord le type d’adresse dans les réglages (bc1q, bc1p ou 3), puis cherchez un mot mal recopié.
  5. Supprimez ensuite le portefeuille du second appareil.
Pourquoi comparer l'adresse

Le petit code de vérification d’une phrase de 12 mots détecte un mot faux environ quinze fois sur seize. La seizième, la phrase fausse ouvre un autre portefeuille, vide, comme pour Paul.

La voie radicale : effacer, puis restaurer (l'objectif de donjon)

Désinstallez l’application, puis restaurez depuis le papier : le test le plus honnête, sans filet. Faites-le après la voie sûre, ou avec un portefeuille presque vide.

Étape 5 : passez au portefeuille matériel, si la somme le justifie

Ce boîtier garde la clé et signe sans la montrer à l’ordinateur. Il protège contre les logiciels malveillants et le téléphone volé, pas contre la perte de la phrase.

  1. Préférez un Trezor ou un Coldcard (voir le repli). Achetez chez le fabricant ou un revendeur officiel, jamais d’occasion.
  2. Refusez tout appareil livré avec une phrase déjà écrite dans la boîte : la phrase doit naître dans l’appareil, devant vous.
  3. Faites-vous livrer en consigne à code, avec un alias email : votre adresse n’entre dans aucun fichier client.
  4. À la mise en service, refaites avec la nouvelle phrase les étapes 2 à 4, puis transférez vos fonds. L’ancien portefeuille vide, détruisez l’ancienne phrase.
Se faire livrer sans adresse : consigne, alias, nom d'usage

Les fichiers clients des fabricants fuient (repli suivant), et ils désignent des détenteurs de bitcoins. La parade : que votre adresse n’y entre jamais.

  1. Une consigne automatique à code, plutôt qu’un comptoir. Au comptoir d’un point relais, Mondial Relay exige une pièce d’identité : le nom du colis doit être le vôtre. En consigne (les 10 000 Lockers de Mondial Relay, le réseau d’InPost en France, ou les consignes Pickup de La Poste), un code ou un QR code ouvre le casier.
  2. Un alias email pour la commande. S’il fuit, vous coupez l’alias.
  3. Un nom d’usage sur le colis, en consigne seulement : un nom inventé, qui n’est celui d’aucune personne réelle et ne sert à tromper personne.

Ce que la loi punit, et ce qu’elle ne vise pas. Nous n’avons trouvé aucun texte qui oblige à donner son état civil à un marchand pour un achat payé d’avance. Deux gestes, eux, sont des délits :

  • prendre le nom ou les données d’une personne réelle, pour troubler sa tranquillité ou nuire à sa réputation : c’est l’usurpation d’identité (article 226-4-1 du code pénal, un an de prison et 15 000 € d’amende) ;
  • employer un faux nom pour tromper quelqu’un et obtenir de lui un bien, des fonds ou un service : c’est l’escroquerie (article 313-1, cinq ans de prison et 375 000 € d’amende).

Payé d’avance, sous un nom que personne ne porte, le colis ne trompe personne.

Dame Escarbille : « Premier colis payé en bitcoin, retiré dans une consigne sous un nom d’usage : vous voilà agent secret, col relevé, lunettes noires, code murmuré au casier comme un mot de passe à une frontière. Rassurez-vous, vous venez de retirer un colis comme tout le monde, simplement sans laisser votre adresse dans le prochain fichier volé. »

Quel appareil : Trezor ou Coldcard, pas Ledger

Notre conseil : un Trezor ou un Coldcard. Trezor publie le code de son logiciel et de son micrologiciel (le logiciel interne de l’appareil) : chacun peut le relire. Coldcard ne gère que le bitcoin : moins de fonctions, donc moins de portes. Nous déconseillons Ledger, pour trois raisons :

  • Une puce fermée. Personne hors de l’entreprise ne relit son code.
  • Ledger Recover. Cette option payante confie une copie de la phrase à trois sociétés, liée à votre identité : votre clé ne dépend plus seulement de vous.
  • Des fuites répétées. En juillet 2020, environ un million d’emails de clients ont été volés. En décembre 2020, environ 272 000 noms, adresses postales et numéros de téléphone ont été publiés. En janvier 2026, chez Global-e, son prestataire de vente, des noms, adresses postales, emails, téléphones et détails de commandes ont été copiés. Les clés n’ont pas été touchées, mais ces fichiers servent à l’hameçonnage.
Appareil Ce qu’il fait bien Ce qu’il faut savoir
Trezor (République tchèque), conseillé Code publié en source ouverte. Signature de message dans Trezor Suite. Pas de signature de message sur les comptes Taproot (adresses en bc1p).
Coldcard (Canada), conseillé Bitcoin seulement, utilisable sans câble. Signature de message BIP-322 (micrologiciel 5.5.1 ou plus, 1.4.1Q sur le modèle Q). Beaucoup d’options, donc beaucoup d’erreurs possibles.
Keystone (Hong Kong) Communique par QR codes, sans jamais être branché. Micrologiciel publié en source ouverte. Compatible avec MetaMask et avec Zodl (un portefeuille Zcash). Fabricant établi à Hong Kong.
Ledger (France), déconseillé Très répandu, gère beaucoup de monnaies. Voir les trois raisons ci-dessus.

Étape 6 : gravez la phrase sur métal, et ajoutez une passphrase

Pour une grosse somme : la plaque survit à un incendie. La passphrase (le « 25e mot »), ajoutée à la phrase, ouvre un portefeuille entièrement différent.

  1. Choisissez une plaque d’acier inoxydable ou de titane, d’une seule pièce, épaisse.
  2. Gravez les quatre premières lettres de chaque mot, avec son numéro d’ordre. Avec des poinçons, soulignez les 6 et les 9.
  3. Restaurez une fois depuis la plaque, comme à l’étape 4.
  4. Rangez la passphrase dans un autre lieu que la phrase, et testez-la de la même façon.
Les 6, les 9 et la passphrase

Sans la passphrase, la plaque trouvée n’ouvre qu’un portefeuille vide, ou un leurre. Son prix : oubliez-la, et tout est perdu, sans recours.

Un 6 frappé à l’envers devient un 9 : soulignez-les, ou ajoutez un point dessous. Une plaque mal frappée vaut un papier mal écrit. Dans la lettre de transmission, indiquez où se trouve la passphrase, jamais ce qu’elle est.

Étape franchie : une plaque d’acier frappée à la main, cachée chez vous. Vous êtes désormais le genre de personne qui dit « stockage à froid » au barbecue, et juge les détecteurs de fumée des autres.

Les variantes : numéros, Shamir, multisignature, choix de la plaque

Vous gravez le numéro de chaque mot dans la liste plutôt que ses lettres ? Gravez aussi la convention, liste numérotée à partir de 0 (de 0 à 2 047) ou de 1 (de 1 à 2 048) : sans elle, chaque numéro peut désigner deux mots voisins.

Jameson Lopp, un développeur Bitcoin, a éprouvé 70 supports métalliques en quatre ans environ. Il les a chauffés vers 1 100 °C pendant dix minutes, puis plongés dans l’eau, écrasés et passés à l’acide. Ses conclusions : une seule pièce de métal, épaisse, sans vis. Il préfère le pointeau (des points frappés sur une grille) ou la gravure électrolytique (le métal creusé par un courant électrique). Les poinçons à lettres sont plus difficiles à frapper proprement.

  • Variante : Shamir (SLIP-39) : la sauvegarde découpée en parts, par exemple trois parts dont deux suffisent

    Effort en plus : 1

    Ce que vous gagnez : Une part seule ne révèle rien. Aucun lieu ne suffit seul.

    Ce que vous risquez : Plus de papiers à gérer. Tous les portefeuilles ne savent pas le restaurer.

  • Variante : Multisignature 2 sur 3 : trois clés sur trois appareils, deux nécessaires pour dépenser (avec le logiciel Sparrow, par exemple)

    Effort en plus : 2

    Ce que vous gagnez : La perte ou le vol d’une clé ne suffit pas.

    Ce que vous risquez : Une restauration complexe : il faut aussi sauvegarder la description du portefeuille. À ne pas imposer à des héritiers qui ne savent pas ce qu’est une adresse.

Une protection trop compliquée se retourne contre vous, ou contre vos héritiers. Le portefeuille le plus sûr ne vaut rien si personne ne sait l’ouvrir.

Étape 7 : écrivez la lettre de transmission

La lettre dit que les fonds existent et comment les retrouver, jamais les mots :

  1. L’existence : « J’ai de l’épargne en bitcoin, environ tant, à telle date. »
  2. L’outil : le portefeuille ou l’appareil, le type d’adresse, où sont l’appareil et son code.
  3. Les lieux : où sont les deux exemplaires de la phrase, et la passphrase.
  4. Une personne de confiance qui sait faire, sans accès seule aux fonds.
  5. Les interdits : ne jamais taper la phrase sur un site, ne jamais croire un « support » qui appelle, ne rien vendre dans la précipitation.
  6. L’impôt : ces avoirs font partie de la succession (voir « Ce que dit la loi »).

Rangez-la avec votre testament, chez votre notaire ou son destinataire. Mettez-la à jour à chaque changement de portefeuille.

Le défi de la taverne

le test du cambrioleur et la lettre

Un cambrioleur fouille une pièce de votre maison.

  1. Pour la phrase, la passphrase et l’appareil, choisissez un lieu dans la liste (le bureau, la cave, chez un proche, un coffre à la banque).
  2. Répondez d’un clic aux deux pièges : la phrase dans la lettre, la phrase confiée à un service en ligne.
  3. Rédigez ensuite votre vraie lettre sur papier (étape 7) : la Cafetière ne la voit pas.

Vous réussissez si aucun lieu ne réunit la phrase et la passphrase, ni la phrase et l’appareil, et si vous évitez les deux pièges.

Le bonus du donjon

effacez, restaurez, signez

  1. Effacez puis restaurez votre portefeuille (étape 4, la voie radicale). S’il contient une somme importante, réussissez d’abord la voie sûre.
  2. Cliquez sur « Donner ma preuve à la Cafetière (objectif de donjon) », puis lisez en entier les deux messages : un seul est le défi, l’autre fait tomber aux oubliettes.
  3. Signez le défi depuis le portefeuille restauré, avec la même adresse qu’à la Chambrée (voir le repli).
  4. Collez l’adresse et la signature dans la Cafetière, puis cliquez sur « Porter mon drapeau ».
Signer le défi : MetaMask ou Rabby, BlueWallet

Le défi a la forme « Château de Bas-de-Laine · je détiens cette adresse · garder-ses-cles · [code] · [date] ». Le château ne vous demandera jamais de connecter votre portefeuille : un site qui insiste, ou que votre portefeuille signale, on le ferme.

  • MetaMask ou Rabby : copiez le défi. Ouvrez https://etherscan.io/verifiedSignatures et cliquez sur « Sign Message ». Connectez-y le portefeuille restauré, avec le compte de la Chambrée. Collez le défi tel quel, et signez dans MetaMask. Signer un message ne coûte rien, et la signature est la même sur tous les réseaux. Copiez l’adresse et la signature affichées. Ne cliquez pas sur « Publish ». Si Etherscan répond « Please connect to mainnet only », MetaMask est réglé sur un autre réseau : sur son accueil, onglet « Tokens », passez le filtre « Network: … » sur « Ethereum », puis rechargez la page d’Etherscan. Sur téléphone, ouvrez la page d’Etherscan dans le navigateur intégré de l’application MetaMask.
  • BlueWallet (bitcoin) : copiez le défi. Dans le portefeuille restauré, touchez « ⋯ », puis Signer/Vérifier un message. Mettez l’adresse de la Chambrée, collez le défi, touchez « Signer ».

L’encart « Comment signer ce défi », sous le défi, rappelle ces gestes.

Ce que vous gagnez

Le verdict

Écusson forgé : Gardien du crayon. Vous avez restauré votre portefeuille depuis un papier, et vos proches savent où chercher. Votre fortune repose sur une feuille, un crayon et votre mémoire, comme celle de vos arrière-grands-parents. Le progrès est circulaire.

Hilarion, le héraut du château : « Oyez : vous voici Châtelain de cave voûtée, pour vos clés gardées à la cave et vos 1 000 liards. On m’a demandé l’adresse de cette cave pour le registre : elle ne figure sur aucun plan, et l’on m’assure que c’est tout son intérêt. »

Percolozor, en voix off. Une cave voûtée, des clés sur papier, un plan de transmission. Il ne vous manque qu’un potager, un poêle à bois et une méfiance envers les compteurs connectés. Respirez : l’autonomie n’est pas l’autarcie. On peut garder ses clés et aller quand même au supermarché.

Percolozor, en voix off. Je ne suis pas notaire, et on me déconseille de le devenir. Mais ma lettre de transmission est à jour, ce qui fait d’elle le seul document rangé de mon bureau.

Bloqué ?

La vérification, les sucres et le déca

Voir l'aide de la Cafetière
  • Les sucres : trois indices gratuits, à ouvrir un par un. Un sucre donne une piste, deux la méthode, trois la solution. Votre journal note seulement combien vous en prenez.
  • Le déca : vous lisez la salle sans faire la quête. Vous n'avez pas l'écusson, mais le chemin continue, et vous revenez quand vous voulez.

Comment la Cafetière vérifie, chez vous

Rien ne sort de votre navigateur. La lettre, vous l’écrivez hors ligne : la Cafetière ne la voit jamais.

Le détail de la vérification
  • Objectif de taverne : votre navigateur compare les trois lieux entre eux, et lit vos deux « oui » ou « non ». Les lieux ne sont pas gardés : le drapeau dit seulement que le test est passé, et il est le même pour tous. Aucun champ n’attend des mots de récupération. Si vous collez 12, 20 ou 24 mots quelque part, la Cafetière vide les champs, ne vérifie rien et ne garde rien.
  • Objectif de donjon : votre navigateur vérifie la signature (normes de signature BIP-322 ou BIP-137 pour Bitcoin, avec l’outil bip322-js ; format EIP-191 pour MetaMask et Rabby). Il compare l’adresse à celle signée à la Chambrée, rangée dans votre parchemin. Si l’adresse est la même et la signature valide, il tire le drapeau de votre signature.
  • Peut-on tricher ? En partie. La restauration elle-même est déclarative : la Cafetière ne voit pas si vous avez restauré ou signé depuis le téléphone d’origine. La signature, elle, ne se triche pas : elle prouve que vous tenez toujours la clé de cette adresse. Et tous les drapeaux se contournent en lisant le code du site. Vous n’y gagneriez qu’un écusson, sans le geste.

La Cafetière affiche, si vous collez une phrase de récupération :

La Cafetière
> stop !
> ceci ressemble à une phrase de récupération. je ne l'ai ni gardée ni envoyée. une vraie phrase ne se colle nulle part, ici non plus : rangez-la sur papier.
> je ne l'ai ni lu, ni gardé, ni envoyé. j'ai vidé le champ.

Les sucres

Un sucre, une piste
  • Le cambrioleur : il ne fouille qu’une pièce. Ce qu’il trouve ensemble, il l’emporte ensemble.
  • La signature : le portefeuille restauré doit afficher, parmi ses adresses, celle que vous aviez signée à la Chambrée. Si vous ne la voyez pas, ne signez pas avec une autre : cherchez pourquoi.
Deux sucres, la méthode

Une adresse différente après restauration vient presque toujours d’un mot mal recopié ou d’un type d’adresse différent (bc1q, bc1p, 3) : relisez l’étape 4, geste 4. Pour signer, MetaMask, Rabby et BlueWallet sont dans le repli de l’objectif de donjon. Ailleurs :

  • Cake Wallet : Réglages → Autres → Signer/Vérifier.
  • Trezor Suite : menu du compte (les trois points), puis Signer et vérifier. Cela ne marche pas pour les comptes Taproot (bc1p).

Pour le cambrioleur : donnez trois lieux distincts, ou au moins séparez la phrase de la passphrase et de l’appareil.

Trois sucres, la solution
  • Le cambrioleur : par exemple « bureau » pour la phrase, « chez ma sœur » pour la passphrase, « poche » pour l’appareil, puis « non » et « non ».
  • La signature : choisissez l’adresse de réception identique à celle de votre parchemin, et copiez le défi tel quel : un espace en trop rend la signature invalide. Si votre portefeuille ne sait pas signer de message, restaurez la même phrase dans un portefeuille qui le sait, comme Sparrow pour Bitcoin. C’est un second test de restauration, offert.

Le déca

Au déca, votre papier, lui, ne sera toujours pas testé.

Pour comprendre

À lire à votre rythme

La boussole

Par rapport au village (une phrase notée une fois, jamais testée), cette salle vous donne une sauvegarde testée, rangée en deux lieux, et qui se transmet.
Axe Pourquoi
GardeVotre clé survit à la perte de l’appareil, et à vous-même.
JuridictionRestaurer ne dépend d’aucun service en ligne ni d’aucun pays. Ledger Recover ferait l’inverse.
MonnaieVous détenez la même chose qu’avant.
DiscrétionUne phrase bien rangée, protégée par une passphrase, ne se trouve pas par hasard.
ConfortUne heure de travail, une fois ; l’usage quotidien ne change pas.
Prudence (un risque existant réduit)La perte, premier risque quand on garde ses clés, devient faible.

Risque nouveau : une passphrase oubliée, ou une protection trop compliquée pour vos héritiers.

Dame Escarbille : « De mon temps, on enterrait son or sous un chêne, et le chêne seul savait où. Une plaque, deux lieux et une lettre, c’est le même trésor, avec le chêne en moins et un héritier en plus. »

Les quatre caméras

Caméra Ce qu’elle voit, comparé au village
du Badaud (le curieux, le voleur) Un papier anodin, une plaque qui ressemble à une plaque ; avec une passphrase, la trouvaille n’ouvre rien. Le point faible est la parole (risque 3).
du Changeur (la banque) Rien de votre portefeuille. Au plus, elle sait que vous louez un coffre.
du Marchand (la plateforme) Le fabricant connaît votre adresse postale, si vous la lui donnez, mais ignore vos adresses Bitcoin et vos montants, sauf par son logiciel connecté.
de l’Intendance (l’administration) Rien de plus ; la lettre rendra ces avoirs visibles à la succession, c’est son but.

Les risques, chiffrés

Sur six risques, le premier, perdre la phrase, compte le plus : aucun guichet ne vous rendra l’accès, mais personne ne peut geler vos fonds.
Risque En une ligne
1. Perdre la phrase La première cause de perte. Un test de restauration la rend presque nulle.
2. Le cambrioleur qui trouve la phrase Faible, et nulle avec une passphrase rangée ailleurs.
3. La menace physique Rare mais en hausse en France. Elle vise d’abord les détenteurs connus.
4. Oublier la passphrase Perte totale, si elle n’est notée nulle part.
5. Les héritiers qui ne trouvent rien Élevé sans lettre de transmission.
6. Le portefeuille matériel en panne Coûte le prix de l’appareil, si la phrase est sauvegardée.
1. Perdre la phrase, ou l'avoir mal notée
  • Possible ? Oui.
  • Probable ? C’est la première cause de perte quand on garde ses clés soi-même. En mars 2020, la société d’analyse Chainalysis estimait à 3,75 millions le nombre de bitcoins perdus, sur 18,27 millions créés : environ un sur cinq. C’est une estimation, qui compte les bitcoins immobiles depuis des années.
  • Coût : la totalité.
  • Tendance : en baisse pour qui teste sa sauvegarde. Le test de l’étape 4 ramène ce risque à presque rien.
  • Durée : définitive. Une phrase perdue ne se retrouve pas. Une sauvegarde testée reste fiable tant que le papier est intact.
  • Comparé au village : une carte perdue se remplace, le compte reste. Ici, c’est le papier qui fait office de guichet.
2. Le cambrioleur qui trouve la phrase
  • Possible ? Oui.
  • Probable ? Faible. Le service statistique du ministère de l’Intérieur a compté environ 211 600 cambriolages ou tentatives de cambriolage de logement en 2025, en baisse de 3 %. Une fiche rangée parmi des factures ne ressemble à rien.
  • Coût : tout ce que la phrase ouvre, si le cambrioleur sait ce qu’il tient. Zéro avec une passphrase rangée ailleurs.
  • Tendance : stable à légèrement en baisse.
  • Durée : une phrase lue reste lue. Au moindre doute, créez un nouveau portefeuille et transférez-y les fonds.
  • Comparé au village : une carte bancaire volée est plafonnée, et la banque rembourse souvent. Une phrase volée, non. D’où le second lieu, et la passphrase au-delà d’une certaine somme.
3. La menace physique : on vous force à ouvrir
  • Possible ? Oui.
  • Probable ? Rare, mais en hausse. La liste publique tenue par Jameson Lopp recense, pour la France, 6 attaques physiques liées aux cryptomonnaies en 2024, 25 en 2025 et 50 du 1er janvier au 22 octobre 2026. Cette liste n’est pas complète. Elle reste très loin des 211 600 cambriolages de 2025. Selon Chainalysis (août 2026), les victimes sont choisies grâce à des informations exposées : fuites de données, réseaux sociaux, indiscrétions.
  • Coût : au-delà de l’argent, l’intégrité physique.
  • Tendance : en hausse en France depuis 2024.
  • Durée : ce qui a été dit en public ne s’efface pas. La parade est donc la discrétion, avant : ne parlez pas de vos montants, ni au bureau, ni en dîner, ni en ligne. Une passphrase avec un portefeuille leurre ajoute une marge.
  • Comparé au village : c’est le risque de qui garde de l’or chez soi, pas celui de qui a un compte en banque.
4. Oublier la passphrase
  • Possible ? Oui. C’est le risque que vous créez en voulant vous protéger.
  • Probable ? Réel si la passphrase n’est notée nulle part et jamais testée. Aucun chiffre fiable.
  • Coût : la totalité.
  • Tendance : elle dépend de vous. La parade : notez-la dans un autre lieu que la phrase, et testez-la.
  • Durée : définitive.
  • Comparé au village : un code de carte oublié se fait renvoyer par la banque. Une passphrase oubliée, par personne.
5. Les héritiers qui ne trouvent rien, ou se font escroquer
  • Possible ? Oui. C’est l’oubliette de l’Héritier Bredouille : une fortune bien gardée, mais aucune lettre.
  • Probable ? Élevé sans lettre de transmission. Une phrase sur un papier, sans contexte, ressemble à une liste de courses en anglais. Et l’AMF (l’Autorité des marchés financiers) met en garde contre de faux experts qui promettent de récupérer des cryptomonnaies perdues, contre paiement.
  • Coût : la totalité, pour eux.
  • Tendance : aucun chiffre fiable.
  • Durée : sans lettre, définitive.
  • Comparé au village : le notaire retrouve un compte bancaire grâce aux fichiers des banques. Un portefeuille gardé par vous n’apparaît dans aucun fichier : sans votre lettre, il n’existe pas.
6. Le portefeuille matériel qui tombe en panne ou disparaît
  • Possible ? Oui.
  • Probable ? Aucun chiffre fiable. Un appareil électronique finit toujours par s’user, se casser ou se perdre.
  • Coût : le prix de l’appareil, si la phrase est sauvegardée. Vous restaurez sur un appareil neuf, ou dans un portefeuille sur téléphone.
  • Tendance : stable.
  • Durée : le temps de recevoir un nouvel appareil.
  • Comparé au village : une carte bancaire cassée, que vous remplacez vous-même.

Oubliette : le Coffret d’Occasion. Vous achetez un portefeuille matériel d’occasion, ou livré « préconfiguré » avec ses mots dans la boîte : quelqu’un d’autre connaît déjà la clé, et il attend que vous la remplissiez. La parade : un appareil neuf, acheté chez le fabricant, qui crée sa phrase devant vous.

Basile, le gardien des oubliettes : « Rien n’est perdu tant que l’appareil est vide : renvoyez-le. Un coffret neuf se paie une fois, un coffret d’occasion se paie avec tout ce que vous y mettrez. »

Ce que dit la loi

En bref : garder ses clés soi-même ne demande aucune déclaration aujourd’hui, mais ces avoirs entrent dans la succession comme tout autre bien.
La loi en détail : déclaration, projets en cours, succession
  • Aucune déclaration pour la garde elle-même. Le formulaire 3916-bis vise les comptes de cryptomonnaies ouverts auprès d’entreprises établies à l’étranger (article 1649 bis C du code général des impôts). Un portefeuille dont vous tenez la clé n’est tenu par aucune entreprise : il n’est pas visé aujourd’hui. Ranger sa phrase, acheter une plaque ou un portefeuille matériel n’a aucune conséquence fiscale.
  • L’idée d’une déclaration revient. Une déclaration des portefeuilles de plus de 5 000 € a été votée au printemps 2026. Elle a été supprimée le 28 avril 2026 par la commission mixte paritaire (des députés et des sénateurs réunis pour arrêter le texte final). Le 9 octobre 2026, la commission des finances de l’Assemblée a adopté un amendement (une modification du texte) au budget 2027. Il viserait les portefeuilles de plus de 100 000 €. Le Greffe suit son sort.
  • À la succession, les cryptomonnaies sont des biens meubles (des biens qui ne sont pas des immeubles, comme l’argent ou les titres). Elles entrent dans la déclaration de succession et sont soumises aux droits de succession, comme tout bien (article 750 ter du code général des impôts).
  • Hériter n’est pas vendre. L’impôt sur les plus-values vise les cessions à titre onéreux, c’est-à-dire les ventes et échanges contre un bien (article 150 VH bis). L’héritier paie cet impôt plus tard, s’il revend. Pour son calcul, son prix d’achat est la valeur retenue pour les droits de succession (article 150 VH bis, III, B).
  • En pratique, la lettre de transmission n’aide à échapper à rien. Elle évite surtout que vos héritiers découvrent ces fonds trois ans après la succession, avec une déclaration à refaire.

Pour aller plus loin

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Sources

Vérifiées en octobre 2026.

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